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Actifs de passion et actifs réels

Mis à jour le 4 min de lecture Produits d'investissement

Les principaux actifs et leur logique

Les forêts. Les groupements forestiers ouvrent des dispositifs fiscaux à l’acquisition et des régimes favorables en matière d’IFI et de transmission, sous conditions d’engagement de gestion durable. Le rendement courant est très faible, de l’ordre de 1 % à 2 %, et la performance dépend de la valeur du foncier et du bois. La liquidité est limitée.

Les vignes. Les groupements fonciers viticoles bénéficient également de régimes spécifiques de transmission et d’IFI sous conditions. Le rendement dépend du fermage, et la valeur du foncier varie fortement selon les appellations.

L’art, les voitures de collection, les montres. Régime fiscal proche de celui des métaux précieux pour certaines cessions, avec des seuils d’exonération. Aucune génération de revenu, coûts de conservation réels, et marché opaque.

Pourquoi les performances publiées sont trompeuses

Les indices de marché de l’art ou des voitures de collection sont construits à partir de ventes observées. Or les biens qui ne trouvent pas preneur ne figurent dans aucun indice, et les invendus ne sont pas comptabilisés comme des baisses.

Ce biais de sélection conduit structurellement à surestimer la performance de ces marchés. Un indice qui affiche 8 % par an ne signifie pas qu’un portefeuille d’œuvres a progressé de 8 %.

Ajoute les frais de vente aux enchères, supportés à l’achat comme à la vente, qui peuvent représenter un tiers du prix cumulé sur un aller-retour.

Ce que ces produits font mal

Ils ne produisent presque rien. Le rendement courant est faible ou nul.

Ils coûtent à détenir. Assurance, conservation, entretien, expertise, gestion.

Ils sont illiquides et opaques. Il n’existe pas de prix de marché continu : il existe des prix de transaction, ponctuels et négociés.

Ils exigent une compétence réelle. Sur ces marchés, l’écart entre un acheteur informé et un acheteur naïf est considérable, bien davantage que sur les marchés financiers.

La règle à retenir

Ces actifs se justifient quand ils combinent un intérêt patrimonial, un avantage fiscal réel dans une stratégie de transmission, et un plaisir de détention. Acquis pour leur seul rendement attendu, ils déçoivent presque toujours.

Le coût de détention, chiffré

C’est le poste que personne ne compte, et il suffit à expliquer l’écart entre la performance annoncée d’un marché et le résultat d’un collectionneur.

Exemple. Une œuvre acquise 50 000 €, conservée dix ans.

Assurance spécifique, de l’ordre de 0,5 % de la valeur par an : 250 € par an. Conservation et entretien, conditions de température et d’hygrométrie, encadrement, restauration ponctuelle : comptons 150 € par an. Total sur dix ans : 4 000 €.

Frais de transaction. À l’achat comme à la vente, les frais d’une vente aux enchères se supportent des deux côtés. Sur un aller-retour, ils représentent couramment de l’ordre du quart du prix cumulé, soit environ 12 500 € sur cette opération.

Point mort. Pour simplement rentrer dans ses frais, l’œuvre doit se revendre autour de 66 500 €, soit une progression d’environ 33 % sur dix ans, sans qu’un euro de gain n’ait été réalisé.

Aucun de ces postes n’apparaît dans les indices de marché. C’est la raison principale pour laquelle un indice affichant une belle progression annuelle ne se retrouve jamais dans le patrimoine de celui qui détient les biens.

Les régimes fiscaux, sans illusion

Les avantages existent, mais ils sont conditionnels et souvent mal présentés.

Les groupements forestiers ouvrent des dispositifs à l’acquisition et des régimes favorables en matière d’IFI et de transmission, sous condition d’un engagement de gestion durable et d’une durée de détention minimale. Le rendement courant reste très faible, de l’ordre de 1 % à 2 %, et la liquidité est limitée : ces avantages se paient en immobilisation.

Les groupements fonciers viticoles bénéficient de régimes comparables en transmission et en IFI, toujours sous conditions. Le rendement dépend du fermage versé par l’exploitant, et la valeur du foncier varie énormément selon les appellations, ce qui rend les moyennes du secteur peu significatives.

L’art et les objets de collection relèvent d’un régime proche de celui des métaux précieux pour certaines cessions, avec des seuils d’exonération. Ils présentent un avantage rarement mentionné : ils ne sont pas compris dans l’assiette de l’IFI, ce qui constitue pour certains patrimoines la véritable raison d’en détenir.

Dans les trois cas, la règle est la même : un avantage fiscal ne transforme pas un mauvais actif en bon placement. Il améliore le rendement d’un actif qu’on aurait de toute façon voulu détenir.

Comment aborder ces actifs

Trois conditions, et il faut les réunir toutes les trois.

Un patrimoine déjà constitué. Ces actifs viennent après l’épargne de précaution, après les enveloppes fiscalement efficaces, après une allocation financière cohérente. Ils ne sont jamais une première brique.

Une compétence réelle, ou un accompagnement compétent. Sur ces marchés opaques, l’écart entre un acheteur informé et un acheteur naïf dépasse de loin ce qu’on observe sur les marchés financiers. C’est le seul domaine où l’expertise personnelle change davantage le résultat que le choix du moment.

Un plaisir de détention assumé. C’est le critère le plus honnête. Si la seule raison d’acheter est le rendement espéré, les chiffres ci-dessus expliquent pourquoi la déception est presque systématique. Si l’objet apporte quelque chose en lui-même, le calcul change de nature, et l’avantage fiscal devient un complément agréable plutôt qu’une justification.

Questions fréquentes

Les forêts rapportent-elles vraiment ?

Le rendement courant est faible, de l'ordre de 1 % à 2 %, et provient des coupes de bois. L'intérêt principal est patrimonial et fiscal, notamment en matière d'IFI et de transmission, sous conditions d'engagement de gestion durable. C'est un actif de très long terme, peu liquide.

Pourquoi les indices du marché de l'art sont-ils trompeurs ?

Parce qu'ils se construisent à partir des ventes observées. Les œuvres qui ne trouvent pas preneur ne figurent dans aucun indice, et les invendus ne sont pas comptabilisés comme des baisses. Ce biais de sélection surestime structurellement la performance de ces marchés.

Ces actifs entrent-ils dans l'assiette de l'IFI ?

Les objets d'art et de collection n'y figurent pas, ce qui constitue un attrait notable pour les patrimoines concernés. Les forêts et les parts de groupements fonciers viticoles bénéficient d'exonérations partielles sous conditions, qu'il faut vérifier au cas par cas.

Quelle part du patrimoine leur consacrer ?

Une part réduite, et uniquement après avoir constitué le reste. L'illiquidité, les coûts de détention et l'opacité des prix en font un complément, jamais un socle. Le montant engagé doit pouvoir rester immobilisé très longtemps sans conséquence sur tes projets.

Peut-on investir dans l'art ou le vin sans acheter les biens soi-même ?

Oui, des fonds et des groupements existent, et ils règlent deux difficultés réelles : la sélection, confiée à des spécialistes, et la conservation, assurée par le véhicule. Ils en créent toutefois deux autres. Les frais s'empilent sur plusieurs niveaux et pèsent lourd face à des actifs qui ne produisent presque aucun revenu courant. Et la liquidité reste celle du sous-jacent : un véhicule ne revend pas une cave ou une collection plus vite que le marché ne l'absorbe.

Sources

Code général des impôts, articles 793, 976 et suivants (régimes forestiers et viticoles, IFI), 150 VI à 150 VM (biens meubles et objets d'art) · BOFiP, groupements forestiers et groupements fonciers viticoles · Travaux académiques sur le biais de sélection dans les indices de marché de l'art.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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