Assurance-vie
Fiscalité de l'assurance-vie : ce que change vraiment le cap des huit ans
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Le principe que tout le reste découle
Une assurance-vie n’est pas imposée tant que l’argent y reste. Aucune déclaration annuelle, aucune taxation des plus-values latentes. L’impôt se déclenche uniquement lors d’un rachat, c’est-à-dire d’un retrait.
Et il ne porte pas sur la somme retirée. Il porte sur la fraction de gains que ce retrait contient. La formule est proportionnelle :
Part de gains = Montant du rachat × (Total des gains du contrat ÷ Valeur totale du contrat)
Si ton contrat vaut 50 000 € dont 8 000 € de gains, un retrait de 10 000 € contient 10 000 × (8 000 ÷ 50 000) = 1 600 € de gains imposables. Les 8 400 € restants sont ton propre argent, qui ressort sans impôt.
Avant huit ans : le régime plein tarif
Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, les gains retirés avant le huitième anniversaire du contrat relèvent du prélèvement forfaitaire unique, à 30 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Aucun abattement.
L’assureur prélève à la source un acompte de 12,8 %, régularisé l’année suivante lors de la déclaration.
Tu peux opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu à la place du taux forfaitaire. Cette option n’est avantageuse que si ta tranche marginale est de 0 % ou 11 %. Note un changement introduit par la loi de finances pour 2026 : cette option, jusque-là définitive, peut désormais être révoquée pour les revenus perçus à compter du 1er janvier 2026.
Après huit ans : les deux avantages qui se cumulent
Premier avantage, l’abattement annuel. Chaque année, 4 600 € de gains pour une personne seule, 9 200 € pour un couple marié ou pacsé, échappent à l’impôt sur le revenu. Il se renouvelle chaque année civile.
Second avantage, le taux réduit. Au-delà de l’abattement, le taux d’impôt sur le revenu tombe de 12,8 % à 7,5 %, dans la limite de 150 000 € de primes versées nettes des rachats déjà effectués. Au-delà de ce seuil, on repasse à 12,8 %.
Attention à une subtilité que beaucoup d’articles escamotent : l’abattement ne s’applique pas aux prélèvements sociaux. Les 17,2 % sont dus sur la totalité des gains rachetés, dès le premier euro. L’abattement ne réduit que l’assiette de l’impôt sur le revenu.
Et attention à une seconde : le seuil de 150 000 € s’apprécie par assuré, tous contrats confondus, tandis que l’abattement s’apprécie au niveau du foyer fiscal. Confondre les deux conduit à des calculs faux.
Le calcul complet, sur un cas réel
Exemple. Sophie, célibataire, détient un contrat ouvert il y a onze ans. Elle a versé 80 000 €, le contrat vaut 110 000 €. Elle retire 20 000 €.
Étape 1, la part de gains. Gains totaux : 110 000 − 80 000 = 30 000 €. Part de gains dans le rachat : 20 000 × (30 000 ÷ 110 000) = 5 454 €.
Étape 2, l’impôt sur le revenu. Après l’abattement de 4 600 € : 5 454 − 4 600 = 854 € imposables. Ses primes versées étant sous 150 000 €, le taux est de 7,5 % : 854 × 7,5 % = 64 €.
Étape 3, les prélèvements sociaux. Sur la totalité des gains, sans abattement : 5 454 × 17,2 % = 938 €.
Total. 1 002 € d’impôt sur 20 000 € retirés, soit 5 % du montant retiré. Et Sophie récupère 18 998 €.
Si elle avait effectué le même retrait quelques mois avant les huit ans du contrat, elle aurait payé 5 454 × 30 % = 1 636 €. L’écart dépasse 60 %.
Ce que 2026 a changé, et que peu de gens ont vu
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %.
Mais le législateur a dressé une liste limitative d’exceptions, et l’assurance-vie y figure, aux côtés du PEL, du CEL, des revenus fonciers et des plus-values immobilières. Le PEA, le compte-titres, les plus-values mobilières, l’épargne salariale et les crypto-actifs supportent en revanche le nouveau taux.
Conséquence : sur les seuls prélèvements sociaux, l’assurance-vie bénéficie désormais d’un avantage de 1,4 point. Le PFU de droit commun est passé à 31,4 %, celui de l’assurance-vie avant huit ans reste à 30 %.
Cela ne fait pas de l’assurance-vie « le meilleur placement » : la formule n’a aucun sens hors d’une situation donnée. Cela déplace un curseur, et mérite d’être intégré dans un arbitrage entre enveloppes.
Questions fréquentes
Les huit ans se comptent-ils depuis l'ouverture ou depuis chaque versement ?
Depuis l'ouverture du contrat. C'est pourquoi il est souvent pertinent d'ouvrir un contrat tôt, même avec une somme modeste, pour « prendre date ».
L'abattement est-il reportable si je ne l'utilise pas ?
Non. Il est annuel et se perd s'il n'est pas consommé dans l'année civile.
Puis-je fractionner mes retraits pour ne rien payer ?
Sur l'impôt sur le revenu, oui, en restant sous l'abattement. Les prélèvements sociaux restent dus.
Que se passe-t-il en cas de rachat total ?
Même mécanique de calcul, mais le contrat est clôturé et l'antériorité fiscale perdue.
Sources
Code général des impôts, article 125-0 A · BOFiP, fiscalité des produits des contrats d'assurance-vie · Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article relatif à la CSG sur les revenus du capital · Loi de finances pour 2026, révocabilité de l'option pour le barème.
Chiffres et textes vérifiés au 14 septembre 2026. Les taux et seuils évoluent : cet article sera daté à nouveau s'il est mis à jour.
Maxime Bouché
Conseiller en investissements financiers, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.
Découvrir son parcoursCet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet
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