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Fonds en euros ou unités de compte : arbitrer selon l'horizon

Mis à jour le 5 min de lecture Assurance-vie

Ce que chaque poche fait, techniquement

Le fonds en euros est majoritairement investi en obligations, principalement des dettes d’États et de grandes entreprises. L’assureur porte le risque et garantit le capital. En contrepartie, le rendement est contraint par le niveau des taux obligataires, et l’assureur lisse les performances dans le temps via des réserves.

Les unités de compte sont des parts de fonds : actions, obligations d’entreprises, immobilier non coté, fonds diversifiés. L’assureur ne garantit que le nombre de parts, jamais leur valeur. Si le marché baisse de 20 %, ton contrat baisse de 20 % sur cette poche.

L’horizon commande, pas le rendement affiché

La volatilité d’un placement en actions ne disparaît pas avec le temps, mais la probabilité d’un résultat négatif diminue nettement à mesure que l’horizon s’allonge. Sur un an, une poche actions peut perdre 30 %. Sur quinze ans, historiquement, les périodes de perte sont devenues rares, sans que cela constitue une garantie pour l’avenir.

Une grille de lecture simple, à ajuster à ta situation :

  • Moins de trois ans : fonds en euros quasi exclusivement. L’horizon ne permet pas d’absorber une baisse.
  • Trois à huit ans : majorité en fonds en euros, part limitée en unités de compte.
  • Plus de huit ans : la part d’unités de compte peut devenir majoritaire, à condition que tu puisses effectivement ne pas y toucher.

Le mot important est « effectivement ». Un horizon long sur le papier ne vaut rien si le premier krach déclenche une vente panique. Le vrai test n’est pas ton intention, c’est ton comportement.

Le calcul qui remet les choses en place

Exemple. Yasmine, 38 ans, place 40 000 € pour sa retraite, dans vingt-sept ans.

Hypothèse A, 100 % fonds en euros à 2,5 % net par an. Capital au terme : environ 77 800 €.

Hypothèse B, 60 % unités de compte et 40 % fonds en euros, rendement moyen retenu de 4,5 % net. Capital au terme : environ 131 300 €.

L’écart dépasse 53 000 €. Mais trois précautions s’imposent. Ces rendements sont des hypothèses de travail, pas des engagements : ni 2,5 % ni 4,5 % ne sont garantis. La seconde hypothèse suppose que Yasmine ne vend pas pendant les baisses. Et elle suppose un horizon réellement tenu sur vingt-sept ans.

La question des frais, qui pèse plus qu’on ne croit

Sur l’hypothèse B ci-dessus, 0,8 % de frais annuels supplémentaires ramènent le capital final autour de 106 000 €, soit 25 000 € de moins. Les frais sont la seule variable certaine d’une allocation : ils sont connus d’avance et ils s’appliquent que le marché monte ou baisse.

Regarde trois lignes dans tes conditions : les frais sur versement, les frais de gestion annuels du contrat, et les frais internes des unités de compte, qui s’ajoutent aux précédents et n’apparaissent pas sur ton relevé.

Faire évoluer l’allocation dans le temps

Une répartition décidée à 35 ans n’a pas vocation à tenir jusqu’à 65 ans. La pratique courante consiste à réduire progressivement la part d’unités de compte à mesure que l’échéance approche, pour sécuriser ce qui a été accumulé.

Le point délicat est le rythme. Sécuriser trop tôt coûte du rendement ; sécuriser trop tard expose à un krach juste avant le besoin. Une règle répandue consiste à commencer la désensibilisation cinq à huit ans avant l’échéance, par paliers.

Les versements programmés, meilleur allié des unités de compte

Investir une somme en une fois expose à un risque de calendrier : si le marché recule dans les mois qui suivent, la perte est immédiate et le moral avec.

Les versements programmés répondent à cette difficulté sans prétendre prédire quoi que ce soit. En investissant un montant fixe à intervalle régulier, tu achètes mécaniquement plus de parts quand les cours sont bas et moins quand ils sont hauts. Le prix moyen d’acquisition s’en trouve lissé.

Trois avantages pratiques s’ajoutent à l’effet mathématique. Le versement devient une habitude plutôt qu’une décision à reprendre chaque mois. Il supprime la question, insoluble, du bon moment pour entrer. Et il réduit le risque comportemental le plus coûteux : renoncer à investir pendant des mois en attendant un point d’entrée qui ne se reconnaît qu’après coup.

Une honnêteté nécessaire : étaler n’est pas toujours supérieur. Sur longue période, investir tout de suite expose plus tôt au marché, ce qui est statistiquement favorable en moyenne. L’étalement achète de la régularité et du confort psychologique, pas un rendement supérieur. Pour un versement important, beaucoup retiennent un compromis : une part immédiate, le solde étalé sur six à douze mois.

Ce qu’un arbitrage coûte, et ce qu’il ne coûte pas

C’est l’un des atouts les moins connus de l’enveloppe. Vendre une unité de compte en plus-value à l’intérieur du contrat pour en acheter une autre ne déclenche aucune imposition, tant que l’argent ne sort pas du contrat.

Sur un compte-titres, le même arbitrage serait une cession imposable au prélèvement forfaitaire de 31,4 %. Dans l’assurance-vie, la fiscalité attend le rachat.

Cela ne signifie pas que l’arbitrage est gratuit. Deux coûts subsistent : les frais d’arbitrage prévus au contrat, en pourcentage ou forfaitaires, souvent nuls en ligne et facturés en réseau ; et le délai d’exécution, généralement de quelques jours, pendant lequel les sommes ne sont investies nulle part.

La conséquence pratique est nette : l’enveloppe permet de faire évoluer une allocation dans le temps sans frottement fiscal, ce qui rend la désensibilisation progressive décrite plus haut bien plus simple à mettre en œuvre que sur un compte-titres.

Questions fréquentes

Le fonds en euros peut-il perdre de l'argent ?

Le capital net de frais d'entrée est garanti par l'assureur. En revanche, un rendement inférieur à l'inflation fait perdre du pouvoir d'achat.

Les arbitrages entre poches sont-ils imposés ?

Non. Tant que l'argent reste dans le contrat, aucun impôt n'est dû, même si tu vends des unités de compte en plus-value. C'est un atout majeur de l'enveloppe.

Combien d'unités de compte différentes faut-il ?

Peu, mais bien réparties. Multiplier les lignes crée une illusion de diversification, pas une diversification réelle.

Que se passe-t-il si mon assureur fait faillite ?

Un fonds de garantie propre aux assurances de personnes existe, avec un plafond d'indemnisation par assuré et par entreprise d'assurance. C'est une différence notable avec les dépôts bancaires, qui relèvent d'un dispositif distinct et d'un autre plafond. Deux conséquences pratiques : le plafond s'apprécie par assureur, ce qui plaide pour ne pas concentrer un patrimoine très important chez un seul, et les unités de compte que tu détiens restent des parts de fonds, dont la valeur dépend des marchés et non de la solidité de l'assureur.

Faut-il arbitrer après une forte baisse des marchés ?

C'est le moment où la décision se prend le plus mal. Vendre après une baisse transforme une variation en perte définitive, et prive de la reprise éventuelle. Si l'allocation avait été calibrée sur ton horizon réel, une baisse ne change rien à l'analyse. Si elle t'empêche de dormir, le problème n'est pas le marché : c'est que la part d'unités de compte dépassait ta capacité réelle à encaisser une baisse. Dans ce cas, l'ajustement se fait, mais progressivement et par décision réfléchie, pas dans l'urgence.

Sources

Code des assurances, article L. 131-1 sur les unités de compte · AMF, guide de l'épargnant sur l'assurance-vie · France Assureurs, rendements des fonds en euros.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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