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Investir selon ses valeurs : par où commencer concrètement

Mis à jour le 4 min de lecture ESG et impact

Trois démarches que tout le monde confond

L’exclusion. Tu décides de ne pas financer certains secteurs : armement, tabac, charbon, jeux d’argent. C’est la démarche la plus lisible et la plus vérifiable. Son effet direct sur les entreprises concernées est limité (ton refus d’acheter une action sur le marché secondaire ne prive l’entreprise d’aucun capital), mais son effet sur la cohérence de ton propre patrimoine est immédiat et réel.

La sélection des meilleurs profils, dite best-in-class. Tu gardes tous les secteurs, mais tu retiens dans chacun les entreprises les mieux notées sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. C’est l’approche dominante des fonds labellisés en France. Elle a une conséquence contre-intuitive qu’il faut assumer : un fonds best-in-class peut détenir une compagnie pétrolière, au motif qu’elle est la mieux notée de son secteur.

L’investissement d’impact. Tu finances directement des projets dont l’effet est mesurable : rénovation énergétique, microcrédit, insertion. C’est la démarche la plus proche de l’intuition commune, mais aussi la moins liquide et la plus étroite en offre.

La question à se poser en premier

Avant de comparer des fonds, écris deux listes.

Ce que tu refuses de financer. Sois précis. « La pollution » n’est pas un critère. « Les entreprises dont plus de 5 % du chiffre d’affaires provient du charbon thermique » en est un.

Ce que tu veux financer. Là aussi, précise. « La transition » ne veut rien dire. « Les énergies renouvelables », « le logement social », « l’accès à l’eau » sont des réponses exploitables.

Cette étape paraît accessoire. Elle ne l’est pas : c’est elle qui rend possible la vérification. Sans critères écrits, tu ne pourras jamais constater si ton portefeuille correspond à ton intention.

Le décalage, chiffré sur un cas

Exemple. Inès, 31 ans, déclare vouloir exclure les énergies fossiles. Elle détient 15 000 € sur un fonds « actions monde » classé article 8 dans son assurance-vie.

Elle ouvre le document d’informations clés, puis le rapport de composition trimestriel. Elle y trouve trois producteurs d’hydrocarbures parmi les cinquante premières lignes, représentant environ 4 % de l’actif du fonds, soit 600 € de son épargne.

Rien d’illégal ni de trompeur : le fonds promeut des caractéristiques environnementales, ce qui n’implique aucune exclusion sectorielle. Le décalage vient de ce qu’Inès a lu une étiquette et non un contenu.

Ce n’est pas une exception. C’est le fonctionnement normal de la classification actuelle, et c’est précisément ce que la réforme européenne en préparation cherche à corriger.

Où ton argent a réellement un effet

C’est le point que la plupart des articles sur le sujet évitent, parce qu’il oblige à nuancer une promesse agréable.

Quand tu achètes une action ou une part de fonds actions, tu achètes à un autre investisseur, sur le marché secondaire. L’entreprise ne reçoit pas un euro de cette transaction. Ton refus d’acheter ne la prive d’aucun capital, et ton achat ne lui en apporte aucun.

Cela ne rend pas la démarche vaine, mais cela déplace l’endroit où elle agit. Quatre canaux ont un effet direct et vérifiable.

Le marché primaire. Une émission d’obligations vertes, une augmentation de capital, une introduction en bourse : l’argent va effectivement à l’émetteur, affecté à des projets identifiés.

Le non coté et le financement direct. Capital-investissement, financement participatif, foncières solidaires : le capital est apporté à l’entreprise ou au projet lui-même.

L’épargne solidaire. Une part de l’encours finance directement des structures d’utilité sociale. C’est l’objet du label Finansol.

L’engagement actionnarial. Un gérant qui détient des titres vote en assemblée générale et dialogue avec les directions. C’est le seul canal par lequel un fonds coté agit réellement sur le comportement des entreprises, et c’est la raison pour laquelle il faut demander à un fonds qui s’en prévaut ses statistiques de vote.

Reste un cinquième effet, indirect mais documenté : si un nombre suffisant d’investisseurs délaisse un secteur, son coût de financement augmente. L’effet existe, il est lent, et il ne se constate pas à l’échelle d’un portefeuille individuel.

Comment vérifier, en trois documents

Le document d’informations clés, obligatoire pour chaque fonds, qui indique l’objectif et la stratégie.

L’annexe précontractuelle SFDR, qui précise la part minimale d’investissements durables que le fonds s’engage à détenir. C’est le seul chiffre contraignant du dispositif actuel.

Le rapport de composition, publié périodiquement, qui liste les positions réelles. C’est le seul document qui dit ce que tu détiens, par opposition à ce qui t’est promis.

Sur la performance, ce qu’on peut honnêtement dire

Les travaux académiques ne convergent pas. Certaines méta-analyses concluent à une performance comparable, d’autres à un léger surcroît, d’autres à un léger déficit selon les périodes et les méthodologies retenues.

Ce qu’on peut affirmer sans se tromper, c’est que l’écart, quel qu’il soit, est plus faible que l’écart créé par les frais entre deux fonds comparables. Choisir un fonds responsable avec 2 % de frais plutôt qu’un fonds classique à 0,3 % coûte quasi certainement davantage que ce que l’orientation ESG peut apporter ou retirer.

Questions fréquentes

Faut-il tout basculer d'un coup ?

Non. Commencer par les nouveaux versements évite de déclencher une fiscalité sur les plus-values existantes.

Un fonds labellisé est-il forcément sans énergies fossiles ?

Depuis la réforme du label ISR de mars 2024, les fonds labellisés ISR excluent les énergies fossiles. Un fonds simplement classé article 8 n'a aucune obligation de ce type.

Peut-on investir responsable sur un PEA ?

Oui, plusieurs ETF et fonds éligibles au PEA appliquent des filtres ESG.

Faut-il accepter moins de rendement pour investir selon ses valeurs ?

Rien ne permet de l'affirmer de façon générale, les travaux divergent. Ce qui est certain, c'est que l'écart lié aux frais dépasse presque toujours l'écart lié à l'orientation extra-financière. Compare donc d'abord les frais, ensuite la démarche.

Une exclusion réduit-elle la diversification ?

Oui, mécaniquement, et c'est le coût réel à accepter. Écarter un secteur entier resserre l'univers d'investissement et peut accroître la sensibilité du portefeuille aux secteurs restants. L'effet reste modéré pour des exclusions étroites, il devient significatif pour des exclusions larges.

Par quoi commencer quand on part de zéro ?

Par les deux listes : ce que tu refuses de financer, ce que tu veux financer, en termes assez précis pour être vérifiables. Le choix du fonds, de l'enveloppe et du label en découle, et n'a pas de sens sans elles.

Les obligations vertes tiennent-elles leur promesse ?

Elles financent des projets identifiés et font l'objet d'un reporting d'affectation, ce qui les rend nettement plus vérifiables qu'une action. La limite est connue : le projet financé est parfois une activité que l'émetteur aurait menée de toute façon. Le document d'émission et le rapport d'affectation permettent d'en juger.

Peut-on investir selon ses valeurs avec de petits montants ?

Oui. Les fonds indiciels filtrés et l'épargne solidaire sont accessibles à partir de quelques dizaines d'euros, et l'épargne salariale propose presque toujours au moins un support solidaire. Le montant n'est pas la contrainte, la lisibilité de l'offre l'est davantage.

Sources

Règlement (UE) 2019/2088 dit SFDR · Référentiel du label ISR, version en vigueur depuis mars 2024, ministère de l'Économie · AMF, doctrine sur les communications des placements collectifs intégrant des approches extra-financières · Documents d'informations clés et annexes précontractuelles des fonds.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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