La méthode en quatre étapes
Étape 1. Chiffrer le besoin réel. Ce n’est pas la perte de revenu, c’est l’écart entre la pension attendue et les dépenses prévues à la retraite. Retire les charges qui disparaîtront : crédit immobilier remboursé, enfants autonomes, frais professionnels. Ajoute celles qui apparaîtront : santé, mutuelle senior, éventuellement aide à domicile.
Étape 2. Convertir en capital. Une règle de travail répandue consiste à retenir qu’un capital permet de servir environ 4 % par an sur une longue période sans s’épuiser trop vite. Pour 500 € de complément mensuel, soit 6 000 € par an, il faut donc de l’ordre de 150 000 €. Cette règle est une convention, pas une loi : elle dépend du rendement réel, de l’inflation et de la durée.
Étape 3. Retirer l’existant. Déduis le capital déjà constitué, en tenant compte de sa croissance probable jusqu’à l’échéance.
Étape 4. Calculer la mensualité. Le montant à verser chaque mois pour atteindre l’objectif, selon l’horizon et le rendement retenu.
Le tableau qui montre le poids de l’horizon
Objectif : 150 000 €. Hypothèse de rendement : 4 % nets par an.
| Durée d’épargne | Versement mensuel requis | Total versé |
|---|---|---|
| 10 ans | 1 020 € | 122 400 € |
| 15 ans | 610 € | 109 800 € |
| 20 ans | 410 € | 98 400 € |
| 25 ans | 290 € | 87 000 € |
| 30 ans | 215 € | 77 400 € |
Lecture : entre vingt et trente ans d’épargne, l’effort mensuel est presque divisé par deux, et le total versé baisse de 21 000 €, la différence étant produite par les intérêts composés.
L’hypothèse de 4 % nets est une hypothèse de calcul, retenue pour illustrer la mécanique. Elle n’est pas garantie. Un placement en unités de compte peut perdre de la valeur, et un placement sans risque servira probablement moins.
Le même tableau, en euros constants
Le tableau précédent raisonne en euros courants, et c’est sa faiblesse. Un capital de 150 000 € dans vingt-cinq ans n’achètera pas ce que 150 000 € achètent aujourd’hui.
La correction est simple : au lieu de retenir un rendement de 4 %, retenir un rendement net d’inflation. Avec une inflation de 2 %, l’hypothèse de travail devient 2 % nets.
Objectif : 150 000 € d’aujourd’hui. Hypothèse : 2 % nets d’inflation.
| Durée d’épargne | Versement mensuel requis | Écart avec l’hypothèse à 4 % |
|---|---|---|
| 10 ans | 1 130 € | + 110 € |
| 15 ans | 715 € | + 105 € |
| 20 ans | 510 € | + 100 € |
| 25 ans | 390 € | + 100 € |
| 30 ans | 305 € | + 90 € |
Lecture : sur les horizons longs, l’exigence augmente d’environ un tiers. C’est le prix de l’honnêteté du calcul.
Faut-il pour autant retenir cette seconde version ? Les deux se défendent. Raisonner à 4 % courants donne une cible atteignable et évite de décourager ; raisonner à 2 % nets d’inflation donne une cible réaliste. Le compromis praticable consiste à retenir le chiffre courant comme point de départ, puis à indexer le versement sur l’inflation chaque année. Une augmentation annuelle de 2 % du versement produit un résultat proche d’un effort initial majoré d’un tiers, et elle est incomparablement plus facile à tenir, parce qu’elle suit la progression des revenus au lieu de la précéder.
L’exemple complet
Exemple. Amélie, 40 ans, 3 200 € nets par mois. Estimation de pension : 1 900 € nets.
Perte de revenu : 1 300 €. Charges qui disparaissent : crédit immobilier de 900 € remboursé à 62 ans, soit un besoin réel de 400 € par mois. Capital nécessaire : 400 × 12 ÷ 4 % = 120 000 €. Capital déjà constitué : 25 000 € sur une assurance-vie, qui devraient atteindre environ 50 000 € en vingt-cinq ans à 4 %. Reste à constituer : 70 000 € en vingt-cinq ans. Versement mensuel requis : environ 135 €.
Cent trente-cinq euros. C’est le chiffre qui compte, et il n’a rien à voir avec les 1 300 € de perte de revenu qui servent habituellement à dramatiser le sujet. La méthode consiste précisément à passer de l’un à l’autre.
Quand la capacité d’épargne n’est pas régulière
Le calcul d’une mensualité suppose un versement constant pendant vingt-cinq ans. Presque personne ne vit ainsi.
Trois profils s’écartent du modèle, avec chacun une adaptation.
Les revenus variables, chez les indépendants, les commerciaux ou les professions à primes. Le versement programmé se cale sur le plancher de revenu, jamais sur la moyenne, et les versements libres complètent les bonnes années. L’erreur classique consiste à programmer sur la moyenne, à suspendre à la première mauvaise année, puis à ne jamais reprendre.
Les années de charge lourde : jeunes enfants, achat immobilier, séparation. Mieux vaut réduire temporairement le versement que le supprimer. Un prélèvement maintenu à 50 € conserve l’habitude et le contrat ; un prélèvement arrêté ne repart généralement pas.
Les rentrées exceptionnelles : prime, héritage, cession. C’est là que se joue une part importante du résultat final. Affecter à l’épargne une fraction définie à l’avance, la moitié par exemple, évite l’arbitrage au cas par cas, lequel se conclut rarement en faveur de l’épargne.
Dans les trois cas, la variable à protéger est la continuité, pas le montant. Un versement de 150 € tenu vingt-cinq ans produit environ 77 000 € à 4 % nets, pour 45 000 € réellement versés. Obtenir le même capital en ne s’y mettant que huit ans avant l’échéance suppose 700 € par mois, soit 67 000 € versés pour un résultat équivalent. Vingt-deux mille euros d’effort supplémentaire pour le même résultat : c’est le prix de la discontinuité, et aucune discipline tardive ne le rattrape.
Les trois erreurs qui faussent tout
Raisonner sur la perte de revenu brute plutôt que sur le besoin net après baisse des charges. Elle conduit à des objectifs décourageants, donc à l’inaction.
Oublier l’inflation. 400 € de complément en euros d’aujourd’hui ne valent pas 400 € dans vingt-cinq ans. Raisonner en rendement net d’inflation est plus prudent, même si cela augmente l’effort affiché.
Attendre d’avoir « assez » pour commencer. L’effet des intérêts composés dépend davantage du temps que du montant initial.
Questions fréquentes
Faut-il privilégier le PER ou l'assurance-vie ?
Cela dépend de ta tranche marginale. Voir « PER ou assurance-vie : le choix dépend de ta tranche marginale ».
Que faire si je démarre à 55 ans ?
L'effort mensuel sera élevé et le rendement attendu plus faible, l'horizon court imposant de la prudence. D'autres leviers deviennent alors déterminants : le rachat de trimestres, le report du départ, la réduction des charges.
Faut-il indexer ses versements ?
Augmenter le versement en même temps que les revenus est la façon la plus indolore d'accroître l'effort.
Faut-il arrêter d'épargner une fois l'objectif atteint ?
Rarement, pour deux raisons. La première est que l'objectif a été calculé sur des hypothèses : un rendement inférieur à celui retenu suffit à le manquer, et une marge de sécurité de 15 à 20 % n'a rien d'excessif. La seconde est que le besoin lui-même évolue. La perte d'autonomie, l'aide à un enfant ou un déménagement tardif ne figurent dans aucun calcul fait à 45 ans. L'objectif sert à dimensionner l'effort au départ, pas à l'interrompre net une fois franchi : réduire le versement est un arbitrage raisonnable, l'arrêter dix ans avant l'échéance l'est beaucoup moins.
Sources
Portail info-retraite.fr, estimation indicative globale · INSEE, données sur l'évolution des dépenses des ménages selon l'âge
Chiffres et textes vérifiés au 14 septembre 2026. Les taux et seuils évoluent : cet article sera daté à nouveau s'il est mis à jour.
Maxime Bouché
Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.
Découvrir son parcoursCet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet
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