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Malraux : ce que la réduction d'impôt exige vraiment

6 min de lecture Dispositifs fiscaux

Vérifié le 22 septembre 2026

Le tableau de synthèse

Ce que dit le texte
Article fondateur199 tervicies du Code général des impôts
Taux de base22 % des dépenses de restauration
Taux renforcé30 % en secteur à plan de sauvegarde approuvé, quartier ancien dégradé ou quartier sous convention pluriannuelle
AssietteLes travaux, pas le prix du bien
Plafond400 000 € sur quatre années consécutives
Report du soldeSur les trois années suivantes
Plafonnement global des nichesExclu, depuis la loi de finances pour 2013
EngagementNeuf ans de location nue, résidence principale du locataire
Délai pour louerDouze mois après l’achèvement des travaux

Ce que Malraux n’est pas

Le dispositif existe depuis 1962 et porte le nom du ministre qui a fait voter la loi sur les secteurs sauvegardés. Son objet n’a jamais été de fabriquer un produit de placement : il s’agit de financer la restauration complète d’immeubles anciens dans des quartiers historiques, en faisant payer une partie de la facture par l’impôt sur le revenu.

Cette origine explique tout le reste. Les contraintes ne sont pas des formalités administratives greffées sur un produit financier ; elles sont la raison d’être du dispositif. L’architecte des Bâtiments de France intervient, les travaux sont encadrés, le programme est suivi, et le calendrier dépend d’un chantier réel dans un bâtiment ancien, avec les aléas que cela suppose.

Un investisseur qui achète du Malraux achète donc d’abord un risque de chantier, ensuite un bien immobilier dans un centre historique, et enfin une réduction d’impôt. Les plaquettes commerciales présentent ces trois éléments dans l’ordre inverse.

Les deux taux, et ce qui les sépare

Le taux dépend de la zone dans laquelle se trouve l’immeuble, pas de la qualité des travaux ni du montant investi.

Le taux de 30 % s’applique aux immeubles situés dans un site patrimonial remarquable couvert par un plan de sauvegarde et de mise en valeur approuvé, dans un quartier ancien dégradé, ou dans un quartier faisant l’objet d’une convention pluriannuelle au titre du renouvellement urbain.

Le taux de 22 % s’applique aux autres sites patrimoniaux remarquables éligibles.

L’écart de huit points est considérable sur une assiette de plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est la première chose à faire confirmer par écrit avant d’engager quoi que ce soit, document d’urbanisme à l’appui : un vendeur qui annonce 30 % sans pouvoir produire l’acte approuvant le plan de sauvegarde annonce un chiffre qu’il ne maîtrise pas.

Le plafond de 400 000 € sur quatre ans

Jusqu’aux demandes déposées avant 2017, le plafond était annuel : 100 000 € de travaux par an. Depuis, le calcul se fait sur une enveloppe de 400 000 € couvrant quatre années consécutives, ce qui laisse la liberté de concentrer les dépenses ou de les étaler.

Ce changement est favorable, mais il est souvent mal présenté. Il ne signifie pas que l’on peut déduire 400 000 € par an pendant quatre ans. Il signifie que la somme des dépenses de restauration retenues, sur l’ensemble de la période, ne peut pas dépasser 400 000 €.

Au taux renforcé, l’avantage maximal atteint donc 120 000 €, obtenus au rythme des travaux payés. Si la réduction d’une année excède l’impôt dû, le solde peut être imputé sur les trois années suivantes. Au-delà, il est perdu : c’est un point à vérifier avant l’opération, en regardant l’impôt réellement payé et non le revenu.

Hors plafonnement global : l’avantage décisif

C’est la caractéristique qui distingue Malraux de presque tous les autres dispositifs, et elle est explicite dans les commentaires de l’administration : la loi de finances pour 2013 a exclu la réduction d’impôt Malraux du champ du plafonnement global des avantages fiscaux, pour les demandes de permis déposées à compter du 1ᵉʳ janvier 2013.

Concrètement, l’article 200-0 A du Code général des impôts limite à 10 000 € par foyer et par an le total des réductions et crédits d’impôt, avec un plafond majoré à 18 000 € pour les investissements outre-mer et les SOFICA. Malraux ne s’impute pas sur cette enveloppe.

Pour un contribuable dont le plafond est déjà consommé par d’autres avantages, c’est la différence entre un dispositif utilisable et un dispositif sans effet. C’est aussi ce qui explique que Malraux se vende bien auprès des tranches d’imposition élevées, indépendamment de la qualité des opérations proposées.

L’engagement de neuf ans, et ce qui le fait tomber

Le propriétaire s’engage à louer le logement nu, à usage de résidence principale du locataire, pendant neuf ans. La location doit intervenir dans les douze mois suivant l’achèvement des travaux.

Trois exclusions méritent d’être lues avant de signer.

La condition de résidence principale exclut toute utilisation en résidence secondaire, même temporaire. Elle exclut aussi la location saisonnière, qui est le premier réflexe dans les centres historiques touristiques où se trouvent la plupart de ces opérations.

Le locataire ne peut pas être une personne morale, même si celle-ci sous-loue ensuite le logement à quelqu’un qui en fait sa résidence principale.

En cas de congé donné par le locataire pendant la période d’engagement, le bien doit être reloué immédiatement. Une vacance est tolérée si le propriétaire démontre des diligences concrètes, annonces et mandats à l’appui, et si les conditions de location ne sont pas dissuasives. Mais si la relocation effective n’intervient pas dans les douze mois suivant le congé, la réduction est reprise.

Ce dernier point est le risque le plus concret du dispositif, et le moins discuté. Il ne dépend ni du monteur, ni du marché à l’achat : il dépend de la capacité à louer, neuf ans durant, un logement souvent atypique, dans un centre ancien, à un loyer qui couvre les charges d’un immeuble classé.

Pour qui ce dispositif a du sens

Trois conditions doivent être réunies simultanément, et l’absence d’une seule suffit à disqualifier l’opération.

Un impôt élevé et durable. La réduction ne crée pas de remboursement : elle efface un impôt dû. Sans impôt suffisant sur la période, l’avantage est perdu, le report de trois ans ne suffisant pas toujours à l’absorber.

Un plafond de niches déjà saturé, ou une volonté de le préserver. C’est l’argument central. Sans cette contrainte, d’autres dispositifs moins exigeants produisent un effet comparable.

Une vraie appétence pour l’immobilier ancien. Neuf ans d’engagement, des charges de copropriété élevées, des travaux d’entretien contraints par le classement, une revente sur un marché étroit : ce sont des caractéristiques patrimoniales, pas fiscales, et elles durent bien plus longtemps que l’avantage.

Les vérifications avant d’engager

Le document d’urbanisme qui fonde le taux annoncé, et sa date d’approbation.

La répartition du prix entre foncier et travaux, ligne par ligne, puisque seuls les travaux entrent dans l’assiette.

Le calendrier des appels de fonds rapporté à l’impôt payé chaque année, pour vérifier que la réduction sera effectivement absorbée.

Le marché locatif réel du quartier : niveau de loyer nu, délai moyen de relocation, demande pour ce type de surface.

Les charges prévisionnelles de l’immeuble après restauration, qui sont le poste le plus souvent sous-estimé dans les simulations commerciales.

Questions fréquentes

La réduction Malraux porte-t-elle sur le prix du bien ?

Non. Elle porte uniquement sur les dépenses de restauration effectivement payées, dans la limite de 400 000 € sur quatre années consécutives. Le foncier en est exclu. Une opération affichée à 600 000 € dont 250 000 € de travaux ouvre droit à une réduction calculée sur 250 000 €, soit 75 000 € au taux de 30 %.

Malraux compte-t-il dans le plafond de 10 000 € des niches fiscales ?

Non. La loi de finances pour 2013 a exclu cette réduction du plafonnement global de l'article 200-0 A, pour les demandes de permis déposées à compter du 1ᵉʳ janvier 2013. C'est précisément ce qui la rend utilisable par des contribuables ayant déjà saturé leur plafond avec d'autres dispositifs.

Peut-on louer en meublé ou en saisonnier ?

Non. L'engagement porte sur une location nue, affectée à la résidence principale du locataire, pendant neuf ans. La résidence secondaire et la location saisonnière sont exclues, y compris de manière temporaire, ce qui est contre-intuitif dans les centres historiques touristiques où se situent beaucoup de ces immeubles.

Que se passe-t-il si le locataire part avant les neuf ans ?

Le bien doit être reloué immédiatement. Une vacance peut être admise si le propriétaire justifie de démarches concrètes et de conditions de location non dissuasives. En revanche, si la relocation effective n'intervient pas dans les douze mois suivant la lettre de congé, la réduction d'impôt est remise en cause.

Que devient le solde si la réduction dépasse mon impôt ?

Il s'impute sur l'impôt dû au titre des trois années suivantes. Au-delà, il est définitivement perdu. C'est la raison pour laquelle le calendrier des travaux doit être confronté à l'impôt réellement payé, et non au revenu imposable.

Peut-on cumuler Malraux avec un autre dispositif sur le même bien ?

Les règles de cumul varient selon les dispositifs et selon les millésimes. Elles doivent être vérifiées au cas par cas auprès du BOFiP à la date de l'opération, car un cumul refusé après coup entraîne la reprise de l'avantage, majorée des intérêts de retard.

Sources

Code général des impôts, article 199 tervicies · Code général des impôts, article 200-0 A sur le plafonnement global des avantages fiscaux · Loi n° 2012-1509 du 29 décembre 2012 de finances pour 2013, article 73 I, qui exclut Malraux du plafonnement global · Loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016, article 40, pour le plafond pluriannuel de 400 000 € et le report du solde sur trois ans · BOFiP, modalités d'application de la réduction Malraux · BOFiP, conditions d'application et engagement de location · BOFiP, remise en cause de la réduction d'impôt

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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