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Sortie du PER en capital ou en rente : la fiscalité comparée

Mis à jour le 5 min de lecture Retraite

Les trois modalités

Le capital en une fois. Tu récupères tout. Simple, mais fiscalement défavorable dès que le montant est important.

Le capital fractionné. Tu récupères par tranches, sur plusieurs années. C’est la modalité la plus souple et la plus efficace fiscalement.

La rente viagère. L’assureur te verse un montant périodique jusqu’à ton décès. Tu abandonnes le capital en échange d’un revenu garanti à vie.

Ces modalités sont combinables : capital partiel puis rente sur le solde.

La fiscalité, par composante

Pour les versements qui ont été déduits à l’entrée :

  • la part correspondant aux versements est imposée au barème de l’impôt sur le revenu, sans abattement ;
  • la part correspondant aux gains relève du prélèvement forfaitaire, avec des prélèvements sociaux portés à 18,6 % depuis le 1er janvier 2026.

Pour les versements non déduits, la part versements ressort en franchise d’impôt sur le revenu ; seuls les gains sont taxés.

En rente, le régime dépend là encore du choix d’entrée : régime des pensions avec abattement pour les versements déduits, régime des rentes viagères à titre onéreux (avec une fraction imposable variable selon l’âge au premier versement) pour les versements non déduits.

Pourquoi le fractionnement change tout

Exemple. Sylvie liquide un PER de 150 000 €, dont 110 000 € de versements déduits et 40 000 € de gains. Sa pension de retraite la situe en tranche à 11 %.

Sortie en une fois. Les 110 000 € s’ajoutent à ses revenus de l’année. Ils traversent les tranches à 11 %, 30 % et 41 %. L’impôt sur cette part se situe autour de 30 000 €, soit un taux effectif proche de 27 %, alors que sa tranche habituelle est de 11 %.

Sortie fractionnée sur dix ans, 11 000 € par an. Chaque tranche annuelle reste largement dans la tranche à 11 %, voire déborde à peine sur 30 %. L’impôt total sur les dix ans se situe autour de 13 000 €.

L’écart approche 17 000 €, pour la même somme perçue. Aucune optimisation sophistiquée n’est en jeu : seulement l’étalement dans le temps d’un revenu imposé au barème progressif.

Ces montants sont des ordres de grandeur, dépendants du barème applicable et de la situation familiale. Le principe, lui, est robuste.

Ce que la rente apporte, et ce qu’elle coûte

Elle apporte une protection contre le risque de longévité. Si tu vis jusqu’à 98 ans, la rente continue. Un capital, lui, s’épuise. C’est le seul instrument qui transfère ce risque à un tiers, et cet argument est sous-estimé parce qu’il porte sur un scénario qu’on préfère ne pas envisager.

Elle coûte la disponibilité et la transmission : le capital est aliéné, et sauf option de réversion, il ne va pas à tes héritiers. Les options de réversion ou d’annuités garanties existent, mais elles réduisent le montant de la rente.

Le taux de conversion (le montant de rente obtenu pour 100 000 € de capital) dépend de l’âge à la liquidation, des tables de mortalité et du taux technique. Demande-le par écrit, et compare-le entre assureurs : les écarts sont significatifs.

Les sept questions à poser avant de signer une rente

La conversion est irréversible. Elle mérite le même niveau d’examen qu’un achat immobilier, et les réponses doivent être obtenues par écrit.

Quel est le taux de conversion appliqué ? Autrement dit le montant de rente annuelle servi pour 100 000 € de capital, à ton âge exact à la liquidation.

Sur quelle table de mortalité ? Elle détermine la durée de versement anticipée par l’assureur, donc directement le montant de la rente.

Quel taux technique ? C’est le rendement que l’assureur intègre par avance dans son calcul. Un taux technique élevé augmente la rente initiale mais réduit d’autant les revalorisations futures.

Comment la rente est-elle revalorisée ? Une rente non indexée perd environ un quart de son pouvoir d’achat en quinze ans avec une inflation de 2 %. Sur une rente servie vingt-cinq ans, la question pèse davantage que le taux de conversion lui-même.

Quelles sont les options de réversion ? À quel pourcentage, au profit de qui, et à quel coût sur le montant de départ.

Y a-t-il des annuités garanties ? Elles assurent le versement pendant une durée minimale même en cas de décès précoce, ce qui répond à la principale objection faite à la rente.

Quels sont les frais d’arrérages ? Prélevés sur chaque versement, ils réduisent la rente pendant toute sa durée.

Un assureur qui ne répond pas par écrit à ces sept questions ne mérite pas la décision.

L’année de liquidation se choisit

Le PER ne se liquide pas automatiquement au départ en retraite. Tu peux différer, et ce décalage constitue un levier fiscal à part entière, souvent plus rentable que n’importe quel arbitrage de supports.

L’année du départ est fréquemment la pire année possible pour sortir en capital : elle cumule encore plusieurs mois de salaire, parfois une indemnité de départ, et déjà quelques mois de pension. Le revenu imposable y est anormalement élevé.

L’année suivante, le revenu se limite à la pension. La même sortie en capital y traverse des tranches plus basses.

Exemple. Patrick part en retraite fin septembre. Son revenu imposable de l’année comprend neuf mois de salaire et trois mois de pension. S’il sort 40 000 € de son PER en décembre, cette somme s’empile sur un revenu déjà presque complet et se trouve imposée en grande partie à 41 %. En attendant janvier, elle s’ajoute à un revenu constitué de la seule pension, et l’essentiel reste dans la tranche à 30 %. Un décalage de trois semaines vaut ici plusieurs milliers d’euros.

Le même raisonnement joue en sens inverse pour le dernier versement déductible : il a tout intérêt à intervenir pendant la dernière année de pleine activité, quand la tranche marginale est encore haute.

La question non fiscale à se poser

As-tu d’autres revenus garantis à vie suffisants pour couvrir tes dépenses incompressibles ?

Si oui, le capital fractionné offre plus de souplesse. Si non, une part de rente sécurise le socle, et le reste peut rester en capital.

Ce raisonnement (sécuriser d’abord les dépenses incompressibles, gérer le reste librement) est plus utile que le débat général sur la supériorité d’une modalité.

Questions fréquentes

Peut-on changer d'avis après la liquidation ?

Non. La conversion en rente est irréversible.

La sortie en capital est-elle possible sur tous les PER ?

Sur les versements volontaires et l'épargne salariale, oui. Certains compartiments issus de versements obligatoires imposent la rente.

Y a-t-il un âge maximal pour liquider ?

Non, et différer la liquidation peut avoir un intérêt fiscal si tes autres revenus baissent ensuite.

Peut-on sortir une partie en capital et continuer à verser ?

Oui. Une liquidation totale ferme le plan, mais une sortie partielle en capital le laisse ouvert, et les versements restent possibles, avec la déduction correspondante si tu es encore imposable. C'est un intérêt du fractionnement rarement mis en avant : il ne referme pas la porte. Depuis la loi de finances pour 2026, la déductibilité s'arrête toutefois à 70 ans.

Sources

Code monétaire et financier, articles L. 224-1 et suivants · Code général des impôts, articles 158 et 163 quatervicies · Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 · BOFiP, régime fiscal des prestations d'épargne retraite.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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