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Le questionnaire MiFID II : à quoi sert vraiment ton profil de risque

Mis à jour le 4 min de lecture IA et méthode

Ce que la loi demande

La directive européenne sur les marchés d’instruments financiers, dite MiFID II, impose à tout professionnel délivrant un conseil en investissement de recueillir les informations nécessaires pour s’assurer que la recommandation est adaptée au client.

Quatre blocs sont obligatoires :

La connaissance et l’expérience. Quels produits tu comprends, lesquels tu as déjà détenus.

La situation financière. Tes revenus, ton patrimoine, tes charges, et surtout ta capacité à subir des pertes.

Les objectifs d’investissement. Ton horizon, ta finalité, ton besoin de liquidité.

La tolérance au risque. Ce que tu es prêt à accepter comme variation de valeur.

Depuis l’entrée en vigueur des dispositions sur les préférences en matière de durabilité, s’ajoute un cinquième bloc : le professionnel doit recueillir tes préférences extra-financières et en tenir compte dans sa recommandation.

Pourquoi cela te protège concrètement

Le profil n’est pas un classement : c’est une limite opposable.

Si tu es profilé prudent et qu’un intermédiaire te recommande un produit structuré complexe, la recommandation est irrégulière. Ce document est la première pièce examinée en cas de litige, devant le médiateur de l’AMF ou devant un tribunal.

C’est pourquoi remplir le questionnaire à la légère, ou accepter qu’un commercial le remplisse « comme d’habitude », revient à renoncer à sa propre protection.

Les deux limites connues

Il mesure ce que tu dis, pas ce que tu fais. Répondre « je supporterais une baisse de 20 % » dans un bureau calme, et vivre une baisse de 20 % sur son écran, sont deux expériences sans rapport. La finance comportementale documente de longue date l’écart entre la tolérance déclarée et le comportement observé en période de stress, marqué notamment par une aversion aux pertes très supérieure à l’attrait pour un gain équivalent.

Il est souvent traité comme une formalité. Rempli en cinq minutes, à la fin d’un rendez-vous, avec des questions abstraites (« quelle est votre appétence au risque sur une échelle de 1 à 10 ? ») auxquelles personne ne peut répondre de façon fiable.

Comment le remplir sérieusement

Réponds sur des montants, pas sur des pourcentages. « Une baisse de 20 % » ne veut rien dire. « Perdre 9 000 € sur les 45 000 € que j’ai placés » est une phrase que tu peux évaluer.

Distingue capacité et tolérance. Tu peux avoir la capacité financière d’encaisser une perte et l’incapacité psychologique de la traverser sans vendre. La seconde compte autant que la première, et c’est le résultat le plus prudent des deux qui doit l’emporter.

Réponds par objectif, pas globalement. Ton épargne de précaution et ton épargne retraite n’ont pas le même horizon ni le même profil. Un profil unique appliqué à tout produit des recommandations médiocres partout.

Mets-le à jour. Une naissance, un divorce, un changement de statut professionnel, un héritage modifient la situation financière et donc le profil. Le professionnel doit d’ailleurs s’assurer de l’actualité des informations.

Les préférences de durabilité, le bloc que personne ne remplit sérieusement

C’est le cinquième bloc, le plus récent, et de loin le plus mal traité en pratique.

Depuis l’entrée en vigueur des dispositions correspondantes, le professionnel doit te demander si tu souhaites que tes investissements intègrent des considérations de durabilité, et selon quelles modalités. Trois voies d’expression sont prévues par les textes : une proportion minimale d’investissements alignés sur la taxonomie européenne, une proportion minimale d’investissements durables au sens du règlement SFDR, ou la prise en compte des principales incidences négatives.

Le problème est que ces trois formulations sont incompréhensibles pour la quasi-totalité des personnes interrogées. La conséquence observée est mécanique : beaucoup de clients répondent qu’ils n’ont pas de préférence, non parce que c’est vrai, mais parce que c’est la seule réponse qui ne suppose pas de comprendre la question.

Or cette réponse produit un effet concret : elle libère le professionnel de l’obligation d’en tenir compte dans sa recommandation.

Comment répondre utilement. Ne pars pas des trois catégories réglementaires, pars de ce que tu refuses de financer, en termes concrets et écrits. Demande ensuite qu’on te montre où cette exigence apparaît dans les documents du produit proposé, et sous quelle forme chiffrée. Une préférence exprimée en une phrase claire vaut mieux qu’une case cochée au hasard, et elle est opposable de la même façon.

Un point pratique à connaître. Si aucun produit disponible ne correspond aux préférences exprimées, le professionnel peut te proposer de les ajuster, à condition de le documenter et d’en expliquer la raison. Cet ajustement doit rester une exception motivée, et non une étape de routine destinée à débloquer la vente.

Une méthode alternative de recueil

Exemple. Plutôt que de demander « quelle est votre appétence au risque ? », une autre approche consiste à présenter des situations concrètes et à observer les arbitrages.

« Ton portefeuille de 50 000 € vaut 41 000 € ce matin. Tu vends, tu attends, ou tu renforces ? » Trois réponses, trois comportements différents, et une information nettement plus exploitable qu’une note sur dix.

L’intérêt de ce type de recueil est qu’il porte sur des décisions plutôt que sur des déclarations d’intention. Sa limite est qu’il reste hypothétique : il n’y a pas de méthode parfaite, seulement des méthodes plus ou moins proches du réel.

Questions fréquentes

Puis-je refuser de répondre ?

Oui, mais le professionnel ne pourra alors pas délivrer de conseil en investissement.

Le questionnaire est-il le même partout ?

Le contenu obligatoire est commun, la forme varie fortement d'un établissement à l'autre.

Combien de temps reste-t-il valable ?

Il n'y a pas de durée fixe, mais les informations doivent rester à jour et la situation être réexaminée périodiquement.

Que se passe-t-il si mes réponses sont incohérentes ?

Le professionnel doit relever l'incohérence et la clarifier avec toi, par exemple entre un horizon court et un profil dynamique. Il ne peut pas se contenter d'enregistrer des réponses contradictoires pour justifier ensuite une recommandation.

Puis-je voir mon profil et le contester ?

Oui. Le résultat du questionnaire doit t'être communiqué, et tu peux en demander la correction si tu estimes qu'il ne reflète pas ta situation. C'est un document qui t'engage autant qu'il engage ton intermédiaire.

Un profil prudent m'interdit-il tout investissement en actions ?

Non. Il encadre ce qui peut t'être recommandé, et dans quelles proportions. Tu peux investir hors recommandation en connaissance de cause, mais tu sors alors du cadre du conseil et de la protection qui l'accompagne.

Le questionnaire est-il obligatoire pour un achat sans conseil ?

Un contrôle allégé s'applique alors : l'intermédiaire vérifie que le produit est approprié à ta connaissance et à ton expérience, sans évaluer l'adéquation d'ensemble. La protection est moindre, et la différence mérite d'être connue avant de renoncer au conseil.

Mon conjoint doit-il remplir le sien ?

Oui, dès lors qu'il est co-souscripteur ou titulaire. Le profil s'apprécie par personne, et deux conjoints peuvent avoir des tolérances très différentes. Sur un contrat commun, c'est le profil le plus prudent des deux qui devrait commander l'allocation.

Sources

Directive 2014/65/UE dite MiFID II, article 25 · Règlement délégué (UE) 2017/565, articles 54 et 55 · Règlement délégué (UE) 2021/1253 sur les préférences en matière de durabilité · AMF, positions-recommandations sur le recueil des informations clients · Kahneman et Tversky, théorie des perspectives, sur l'aversion aux pertes.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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