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Le questionnaire MiFID II : à quoi sert vraiment ton profil de risque

3 min de lecture IA et méthode

Ce que la loi demande

La directive européenne sur les marchés d’instruments financiers, dite MiFID II, impose à tout professionnel délivrant un conseil en investissement de recueillir les informations nécessaires pour s’assurer que la recommandation est adaptée au client.

Quatre blocs sont obligatoires :

La connaissance et l’expérience. Quels produits tu comprends, lesquels tu as déjà détenus.

La situation financière. Tes revenus, ton patrimoine, tes charges, et surtout ta capacité à subir des pertes.

Les objectifs d’investissement. Ton horizon, ta finalité, ton besoin de liquidité.

La tolérance au risque. Ce que tu es prêt à accepter comme variation de valeur.

Depuis l’entrée en vigueur des dispositions sur les préférences en matière de durabilité, s’ajoute un cinquième bloc : le professionnel doit recueillir tes préférences extra-financières et en tenir compte dans sa recommandation.

Pourquoi cela te protège concrètement

Le profil n’est pas un classement : c’est une limite opposable.

Si tu es profilé prudent et qu’un intermédiaire te recommande un produit structuré complexe, la recommandation est irrégulière. Ce document est la première pièce examinée en cas de litige, devant le médiateur de l’AMF ou devant un tribunal.

C’est pourquoi remplir le questionnaire à la légère, ou accepter qu’un commercial le remplisse « comme d’habitude », revient à renoncer à sa propre protection.

Les deux limites connues

Il mesure ce que tu dis, pas ce que tu fais. Répondre « je supporterais une baisse de 20 % » dans un bureau calme, et vivre une baisse de 20 % sur son écran, sont deux expériences sans rapport. La finance comportementale documente de longue date l’écart entre la tolérance déclarée et le comportement observé en période de stress, marqué notamment par une aversion aux pertes très supérieure à l’attrait pour un gain équivalent.

Il est souvent traité comme une formalité. Rempli en cinq minutes, à la fin d’un rendez-vous, avec des questions abstraites (« quelle est votre appétence au risque sur une échelle de 1 à 10 ? ») auxquelles personne ne peut répondre de façon fiable.

Comment le remplir sérieusement

Réponds sur des montants, pas sur des pourcentages. « Une baisse de 20 % » ne veut rien dire. « Perdre 9 000 € sur les 45 000 € que j’ai placés » est une phrase que tu peux évaluer.

Distingue capacité et tolérance. Tu peux avoir la capacité financière d’encaisser une perte et l’incapacité psychologique de la traverser sans vendre. La seconde compte autant que la première, et c’est le résultat le plus prudent des deux qui doit l’emporter.

Réponds par objectif, pas globalement. Ton épargne de précaution et ton épargne retraite n’ont pas le même horizon ni le même profil. Un profil unique appliqué à tout produit des recommandations médiocres partout.

Mets-le à jour. Une naissance, un divorce, un changement de statut professionnel, un héritage modifient la situation financière et donc le profil. Le professionnel doit d’ailleurs s’assurer de l’actualité des informations.

Une méthode alternative de recueil

Exemple. Plutôt que de demander « quelle est votre appétence au risque ? », une autre approche consiste à présenter des situations concrètes et à observer les arbitrages.

« Ton portefeuille de 50 000 € vaut 41 000 € ce matin. Tu vends, tu attends, ou tu renforces ? » Trois réponses, trois comportements différents, et une information nettement plus exploitable qu’une note sur dix.

L’intérêt de ce type de recueil est qu’il porte sur des décisions plutôt que sur des déclarations d’intention. Sa limite est qu’il reste hypothétique : il n’y a pas de méthode parfaite, seulement des méthodes plus ou moins proches du réel.

Questions fréquentes

Puis-je refuser de répondre ?

Oui, mais le professionnel ne pourra alors pas délivrer de conseil en investissement.

Le questionnaire est-il le même partout ?

Le contenu obligatoire est commun, la forme varie fortement d'un établissement à l'autre.

Combien de temps reste-t-il valable ?

Il n'y a pas de durée fixe, mais les informations doivent rester à jour et la situation être réexaminée périodiquement.

Sources

Directive 2014/65/UE dite MiFID II, article 25 · Règlement délégué (UE) 2017/565, articles 54 et 55 · Règlement délégué (UE) 2021/1253 sur les préférences en matière de durabilité · AMF, positions-recommandations sur le recueil des informations clients · Kahneman et Tversky, théorie des perspectives, sur l'aversion aux pertes.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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