Ce qu’une convention fait, et ne fait pas
Elle ne fait pas naître d’imposition. Aucune convention n’a jamais créé un impôt qui n’existait pas en droit interne.
Elle répartit le droit d’imposer chaque catégorie de revenu entre l’État de la source et l’État de résidence, et prévoit le mécanisme d’élimination de la double imposition lorsque les deux conservent un droit.
Elle prime sur le droit interne. Si l’article 4 B du CGI fait de vous un résident français mais que la convention vous attribue à l’autre État, c’est la convention qui l’emporte, sous réserve de l’invoquer et de le prouver.
Les six articles à lire, dans l’ordre
Article 4. Résidence. Il contient la cascade de critères qui tranche les doubles résidences : foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité, procédure amiable. C’est le premier à lire, parce qu’il conditionne l’application de tous les autres.
Article 6. Revenus immobiliers. Règle quasi universelle : ils sont imposables dans l’État où le bien est situé. Un appartement à Paris reste imposable en France, quelle que soit votre résidence.
Article 10. Dividendes. L’État de résidence impose, mais l’État de la source conserve un droit de retenue plafonné, souvent à 15 %. C’est ce plafond conventionnel qui réduit la retenue française.
Article 11. Intérêts. Même logique, avec un plafond souvent plus bas, parfois nul.
Article 13. Gains en capital. L’article le plus décisif pour un dirigeant. Il détermine qui impose les plus-values de cession de titres. Certaines conventions comportent des clauses spécifiques pour les sociétés à prépondérance immobilière et des clauses dites de participation substantielle qui réservent à l’État de la source le droit d’imposer certaines cessions.
Articles 23 A / 23 B. Élimination de la double imposition. Deux méthodes existent : l’exemption, où l’État de résidence renonce à imposer, et l’imputation, où il impose mais déduit l’impôt payé à l’étranger. La méthode retenue change radicalement le résultat final.
Ajoutez, selon votre situation : l’article 18 sur les pensions, l’article 19 sur les rémunérations publiques, et les éventuelles clauses relatives à la fortune et aux successions : toutes les conventions n’en comportent pas, et c’est précisément leur absence qui crée les difficultés les plus lourdes en transmission.
La méthode en vingt minutes
Étape 1. Téléchargez le texte de la convention applicable. Les conventions signées par la France sont publiées et accessibles gratuitement sur le site de l’administration fiscale.
Étape 2. Lisez l’article 4 et déterminez votre État de résidence conventionnel.
Étape 3. Listez vos catégories de revenus et de biens, et pour chacune, lisez l’article correspondant.
Étape 4. Lisez l’article d’élimination de la double imposition et identifiez la méthode retenue.
Étape 5. Vérifiez l’existence d’un avenant ou d’un protocole modificatif. Les conventions sont amendées régulièrement, et l’instrument multilatéral de l’OCDE a modifié un grand nombre d’entre elles sans que le texte d’origine en porte la trace. C’est le piège le plus courant.
L’exemple d’une lecture
Exemple. Un retraité français installé au Portugal perçoit une pension privée française de 30 000 € et des dividendes français de 10 000 €.
Article 4. Résident conventionnel du Portugal, s’il y a son foyer permanent.
Article 18. Les pensions privées sont, selon la plupart des conventions, imposables dans l’État de résidence, donc au Portugal. Depuis la fermeture du régime NHR, elles y relèvent du barème progressif portugais, ce qui a considérablement modifié l’attrait de cette destination pour les retraités.
Article 10. Les dividendes français supportent une retenue à la source française plafonnée par la convention, et sont imposés au Portugal avec imputation de la retenue française.
Conclusion. Deux revenus, deux traitements différents, aucun ne se déduit de l’intuition. Seule la lecture des articles donne la réponse.
Les erreurs de lecture les plus fréquentes
Confondre pension publique et pension privée. Les retraites de la fonction publique relèvent généralement de l’article 19 et restent imposables dans l’État qui les verse. Les pensions privées relèvent de l’article 18. Un retraité ayant eu les deux carrières aura deux traitements.
Oublier les prélèvements sociaux. Les conventions portent sur les impôts sur le revenu et parfois sur la fortune. La CSG et la CRDS ne sont pas toujours couvertes, et leur traitement relève d’une analyse distincte.
Lire un résumé au lieu du texte. Les synthèses vieillissent mal et ignorent les avenants.
Sources
Modèle de convention fiscale de l'OCDE concernant le revenu et la fortune, et ses commentaires · Conventions fiscales bilatérales signées par la France, publiées par la DGFiP · Convention multilatérale de l'OCDE pour la mise en œuvre des mesures relatives aux conventions fiscales · BOFiP, conventions internationales.
Chiffres et textes vérifiés au 16 septembre 2026. Les taux et seuils évoluent : cet article sera daté à nouveau s'il est mis à jour.
Maxime Bouché
Conseiller en investissements financiers, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.
Découvrir son parcoursCet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet
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