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Saint-Barthélemy : autonomie fiscale et règle des cinq ans

Mis à jour le 6 min de lecture Outre-mer

Vérifié le 21 septembre 2026

Le tableau de synthèse

StatutCollectivité d’outre-mer dotée de l’autonomie, article 74 de la Constitution, loi n° 2007-223 du 21 février 2007
Compétence fiscalePropre, exercée par délibérations, réunies dans un Code de contributions
Application du CGINon, sauf mention expresse
Condition de résidence, personnes physiques5 ans au moins (art. LO 6214-4, I, 1° du CGCT)
Condition de résidence, personnes moralesSiège de direction effective depuis 5 ans, ou siège de direction effective et contrôle par des personnes physiques résidentes depuis 5 ans
Critères de résidence retenus localementAlignés sur ceux de l’article 4 B du CGI
Échange d’informations avec l’ÉtatPrévu par l’article LO 6214-4 du CGCT
Impôt sur le revenu localAucun
Impôt sur la fortune localAucun
Droits de succession locauxAucun
TVAAucune. L’île est hors du territoire d’application de la TVA française
Ce qui la remplaceUn droit de quai de 5 % sur toutes les marchandises introduites dans l’île, porté à 8 % sur les véhicules terrestres à moteur
Statut douanierPTOM depuis le 1ᵉʳ janvier 2012, hors du territoire douanier de l’Union européenne
Ce que la collectivité prélèveDroits de mutation immobilière de 5 %, imposition des plus-values immobilières sur les cessions intervenues dans les 18 ans, taxe de séjour de 5 %
Cotisations socialesCompétence exclusive de l’État, article LO 6214-4, I, 3°

Les cinq ans : une salle d’attente, pas une formalité

La règle ne retarde pas un avantage, elle maintient intégralement l’autre régime pendant cinq ans.

Un exemple chiffré. Un cadre fiscalement domicilié en métropole s’installe à Saint-Barthélemy le 1ᵉʳ janvier 2026.

PériodeDomicile fiscalCe qui s’applique
2026 à 2030FranceImpôt sur le revenu français, impôt sur la fortune immobilière, droits de succession français, comme s’il n’était pas parti
À partir de 2031Saint-BarthélemyNi impôt sur le revenu, ni impôt sur la fortune, ni droits de succession locaux

La bascule est totale et elle est datée. Entre les deux, le crédit d’impôt prévu par le dispositif évite la double imposition sur les revenus de source locale, mais il ne raccourcit pas le délai d’un jour.

Une réserve, toutefois : à partir de 2031, le statut local ne couvre que les revenus de source locale. La France garde ses droits sur les revenus de source française, sur les immeubles situés en France et sur les héritiers domiciliés en France, s’ils l’ont été au moins six des dix dernières années (article 750 ter du Code général des impôts).

Conséquence pratique : un projet de cession, de donation ou de transmission conçu pour bénéficier du régime local doit être calé après la cinquième année, pas avant. Une donation consentie la quatrième année relève du barème français.

La règle des cinq ans, telle qu’elle est écrite

L’article LO 6214-4, I, 1° du Code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de la loi du 17 novembre 2015, dispose que les personnes physiques ne peuvent être considérées comme ayant leur domicile fiscal à Saint-Barthélemy qu’après y avoir résidé pendant cinq ans au moins.

Pour les personnes morales, la même disposition exige soit l’installation du siège de direction effective depuis cinq ans au moins, soit l’installation de ce siège assortie d’un contrôle, direct ou indirect, par des personnes physiques résidant à Saint-Barthélemy depuis cinq ans au moins.

Ces conditions sont reprises dans le Code de contributions local.

La portée de cette restriction a été précisée par un avis du Conseil d’État du 20 novembre 2013, n° 369796, rendu pour l’application du statut de Saint-Barthélemy, avis dont les services de Saint-Martin relèvent qu’il vaut également pour leur collectivité, les textes étant rédigés dans les mêmes termes.

Ce que cela signifie concrètement

Pendant les cinq premières années, une personne physique arrivant d’un département métropolitain ou d’outre-mer reste fiscalement domiciliée en France. Elle relève du Code général des impôts, déclare ses revenus mondiaux à l’administration française, et n’accède pas au régime local.

Après cinq ans, et sous réserve de remplir les critères de résidence (que le code local aligne sur ceux de l’article 4 B du CGI), elle devient fiscalement domiciliée à Saint-Barthélemy et relève du code local.

Le délai court à compter de la résidence effective, ce qui suppose de pouvoir la démontrer. Comme pour toute question de résidence, ce sont les faits qui comptent : logement, présence, vie quotidienne, scolarisation.

Le mécanisme anti-double imposition

L’article LO 6214-4 prévoit qu’avant l’entrée en vigueur de la convention entre l’État et la collectivité, les personnes physiques ou morales ayant leur domicile fiscal dans un département de métropole ou d’outre-mer, ou à Saint-Barthélemy, disposent d’un crédit d’impôt imputable sur l’impôt dû dans le territoire de leur domicile fiscal, à raison des revenus provenant de l’autre territoire.

Le même article organise la transmission par la collectivité à l’État de toute information utile à l’application de sa réglementation fiscale et à l’exécution des clauses d’échange de renseignements des conventions fiscales conclues par la France.

Autrement dit : l’autonomie fiscale n’emporte aucune opacité.

La fiscalité locale, dans ses grandes lignes

Le Code de contributions organise une fiscalité sensiblement différente de celle de la métropole. Les entreprises exerçant une activité sur l’île relèvent notamment d’une contribution forfaitaire annuelle des entreprises. La fiscalité locale s’applique aux bénéfices et revenus correspondant aux activités exercées sur le territoire ou aux biens qui y sont détenus.

Les taux, seuils et assiettes du Code de contributions résultent de délibérations locales et ne figurent pas sur Légifrance. Toute donnée chiffrée doit être vérifiée auprès des services fiscaux de la collectivité, et non reprise d’un article en ligne.

Les quatre erreurs les plus courantes

Anticiper le bénéfice du régime local dès l’installation. Cinq ans, c’est cinq ans.

Structurer une société locale sans vérifier la condition des cinq ans, qui s’applique aussi aux personnes morales et conditionne, notamment, l’appartenance à un groupe d’intégration fiscale : l’administration a publié un rescrit sur ce point.

Oublier l’exit tax. Un transfert de domicile fiscal vers Saint-Barthélemy pose la question du champ de l’article 167 bis du CGI, qui doit être examinée spécifiquement au regard du statut de la collectivité.

Négliger la transmission. Les règles applicables aux mutations à titre gratuit doivent être examinées à part : voir Transmettre un patrimoine situé outre-mer.

Les cinq ans en pratique : ce qui fait la preuve

Le délai ne se décompte pas à partir d’une déclaration d’intention, mais d’une résidence effective. Ce sont donc les mêmes éléments de fait que pour toute question de domicile qui devront être établis, et il est prudent de les constituer au fil de l’eau plutôt qu’à la cinquième année.

Le logement : titre de propriété ou bail continu, et surtout consommations d’eau, d’électricité et de télécommunications, qui démontrent une occupation réelle et non une adresse.

La présence : titres de transport, relevés bancaires locaux montrant des dépenses courantes, adhésions, abonnements.

La famille : scolarisation des enfants sur le territoire, résidence du conjoint.

L’activité : exercice professionnel sur place, ou cessation documentée des activités antérieures.

Deux précautions valent d’être signalées. La continuité compte : une résidence interrompue puis reprise soulève la question du point de départ du délai. Et la condition s’applique également aux personnes morales, avec ses propres critères de siège de direction effective et de contrôle, ce qui conditionne notamment l’appartenance à un groupe d’intégration fiscale, point sur lequel l’administration a publié un rescrit.

Questions fréquentes

Le Code général des impôts s'applique-t-il à Saint-Barthélemy ?

Non, sauf mention expresse. La collectivité exerce sa propre compétence fiscale depuis 2007, et son Code de contributions se substitue au CGI pour les personnes fiscalement domiciliées sur le territoire. Encore faut-il l'être, ce que la règle des cinq ans retarde.

Que se passe-t-il pendant les cinq premières années ?

La personne demeure fiscalement domiciliée en France au sens du Code général des impôts. Elle déclare ses revenus mondiaux à l'administration française et ne bénéficie pas du régime local. C'est la règle la plus structurante du dossier, et la plus souvent découverte trop tard.

Comment est évitée la double imposition avant l'entrée en vigueur de la convention ?

Par le mécanisme de crédit d'impôt prévu à l'article LO 6214-4 du Code général des collectivités territoriales, imputable sur l'impôt dû dans le territoire du domicile fiscal, à raison des revenus provenant de l'autre territoire.

L'exit tax peut-elle s'appliquer lors d'un transfert vers Saint-Barthélemy ?

La question doit être examinée spécifiquement au regard du statut de la collectivité et du champ de l'article 167 bis du Code général des impôts. Elle ne se résout pas par analogie avec un départ à l'étranger, et elle mérite un avis avant le transfert, pas après.

Sources

Code général des collectivités territoriales, article LO 6214-4, modifié par la loi n° 2015-1485 du 17 novembre 2015, article 7, et article LO 6214-4, I, 3°, réservant les cotisations sociales à l'État · Code des contributions de Saint-Barthélemy, annexé à la délibération n° 2024-038 CT · Direction générale des douanes, cas particuliers de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, pour le statut de PTOM depuis le 1er janvier 2012 et le droit de quai de 5 % · BOI-TVA-CHAMP-20-10, définition du territoire d'application de la TVA, qui exclut Saint-Barthélemy · Loi n° 2007-223 du 21 février 2007 portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l'outre-mer · Code de contributions de Saint-Barthélemy, articles 2 et 4 · Conseil d'État, avis du 20 novembre 2013, n° 369796 · Rescrit publié au BOFiP le 23 octobre 2024 relatif à l'intégration fiscale des sociétés établies à Saint-Barthélemy · Services fiscaux de la collectivité de Saint-Barthélemy.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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