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Girardin industriel : le rendement n'est pas le sujet

Mis à jour le 4 min de lecture Dispositifs fiscaux

Vérifié le 23 septembre 2026

Le tableau de synthèse

Ce que dit le texte
Article fondateur199 undecies B du Code général des impôts
Taux de base, investissement direct38,25 %
Taux via une structure de portage45,30 %
Rétrocession minimale56 % sous 300 000 €, 66 % au-delà
Agrément de la DGFiPObligatoire au-delà de 250 000 € de programme
Plafond de niches applicable18 000 €, au lieu de 10 000 €
Ouvert jusqu’au31 décembre 2029, pour les entreprises soumises à l’impôt sur le revenu
Risque principalLa reprise de l’avantage plusieurs années après

Ce que l’on achète réellement

Le Girardin industriel n’est pas un placement. L’investisseur ne détient rien qu’il puisse revendre, ne perçoit aucun revenu et n’attend aucune plus-value.

Il apporte une somme à une structure qui acquiert du matériel neuf, le loue à un exploitant ultramarin, et lui rétrocède une partie de l’avantage fiscal sous forme de loyer minoré. En échange, il obtient l’année suivante une réduction d’impôt supérieure à sa mise.

Son gain est donc l’écart entre la réduction obtenue et la somme apportée, réalisé en un an. Les opérateurs présentent cet écart comme un rendement, ce qu’il n’est pas : un rendement rémunère un capital qui reste investi, alors qu’ici le capital est consommé dès le départ.

Cette différence n’est pas sémantique. Elle explique pourquoi la question du taux, qui occupe toutes les plaquettes, est secondaire, et pourquoi la question de la reprise, qui n’y figure presque jamais, est la seule qui compte.

Les deux taux, et la structure de portage

Le texte prévoit 38,25 % lorsque l’investissement est réalisé en direct, et 45,30 % lorsqu’il est réalisé via une structure de portage.

Cet écart de sept points ne traduit pas une faveur mais une différence de configuration juridique, et il s’accompagne d’obligations propres. Il ne doit pas être lu comme un choix libre offert à l’investisseur : la forme de l’opération est déterminée par le montage, et non par une option qu’il exercerait.

La rétrocession, mal comprise et pourtant centrale

La loi impose de rétrocéder à l’exploitant ultramarin une part de l’avantage fiscal : au moins 56 % pour un programme inférieur à 300 000 €, 66 % à partir de ce montant.

Cette part rétrocédée n’entre pas dans le plafond des niches fiscales. Seule la fraction conservée par l’investisseur s’y impute, ce qui explique qu’un plafond affiché à 18 000 € autorise en pratique une réduction nettement supérieure. Le calcul complet figure dans notre article consacré aux dispositifs de réduction d’impôt outre-mer.

Il faut noter que les seuils ne coïncident pas : l’agrément devient obligatoire à 250 000 €, alors que la rétrocession passe à 66 % à 300 000 €. Un programme compris entre les deux exige donc un agrément tout en conservant une rétrocession de 56 %.

Le risque de reprise, seul sujet qui compte

La réduction d’impôt est acquise sous conditions : nature du bien, secteur éligible, exploitation effective, durée de conservation, agrément le cas échéant.

Si une condition n’est pas respectée, le plus souvent parce que l’exploitant ultramarin cesse son activité ou ne maintient pas le bien en exploitation pendant la durée requise, l’administration peut reprendre la réduction auprès de l’investisseur, majorée des intérêts de retard.

Le décalage temporel est le cœur du problème. L’avantage est obtenu en année 2 ; l’engagement court jusqu’en année 5 ou 6. Pendant toute cette période, l’investisseur n’a aucune prise : il ne contrôle ni l’exploitant, ni le monteur, ni l’entretien du matériel. Il subit un risque sans pouvoir l’administrer.

Les cinq vérifications

La solidité du monteur : ancienneté, nombre d’opérations menées à terme, capacité à suivre le dossier pendant toute la durée d’engagement.

La garantie de bonne fin et son émetteur réel. Une garantie donnée par une société du même groupe que le monteur ne protège pas : si le groupe défaille, la garantie défaille avec lui.

L’agrément fiscal, lorsqu’il est requis, et son obtention effective avant l’engagement des fonds.

La couverture d’assurance du risque de reprise, sa portée exacte et surtout ses exclusions.

Le plafonnement, calculé sur l’ensemble des avantages fiscaux du foyer et non sur la seule opération.

Jusqu’à quand, et pour combien de temps encore

Le dispositif est ouvert jusqu’au 31 décembre 2029 pour les entreprises soumises à l’impôt sur le revenu. L’administration l’écrit sans ambiguïté : la réduction s’applique « jusqu’au 31 décembre 2029 […] selon les dispositions de l’article 199 undecies B ». Une condition s’y ajoute dans les DROM : les entreprises ayant réalisé un chiffre d’affaires d’au moins dix millions d’euros au titre du dernier exercice clos en sont exclues.

Cette date ne doit pas être lue comme une garantie de stabilité. Ces dispositifs sont rediscutés à chaque loi de finances : l’article 7 du projet de loi de finances pour 2026 prévoyait ainsi de ramener le taux de base de 38,25 % à 27,25 %, avant d’être retiré au cours des débats. Une prorogation votée ne protège pas d’une modification de taux.

Questions fréquentes

Le Girardin industriel rapporte-t-il un rendement ?

Non, au sens propre. L'investisseur ne détient rien et ne perçoit aucun revenu : son gain est l'écart entre la réduction d'impôt obtenue l'année suivante et la somme apportée. Présenter cet écart comme un rendement annuel entretient une confusion sur la nature de l'opération.

Pourquoi la réduction peut-elle dépasser le plafond de 18 000 € ?

Parce que la part rétrocédée à l'exploitant ultramarin n'entre pas dans le plafond. Seule la fraction conservée par l'investisseur s'y impute, ce qui autorise une réduction totale bien supérieure au plafond affiché.

L'agrément fiscal protège-t-il du risque de reprise ?

Non. L'agrément valide l'éligibilité de l'opération au moment où il est délivré. Il ne garantit pas que les conditions seront respectées pendant toute la durée d'engagement, et la reprise sanctionne précisément un manquement postérieur.

Que vaut une garantie de bonne fin ?

Cela dépend entièrement de son émetteur et de ses exclusions. Une garantie interne au groupe du monteur n'offre qu'une protection théorique. Il faut demander l'identité du garant, sa surface financière et la portée exacte de la couverture.

Quelle est la différence entre 38,25 % et 45,30 % ?

Le premier taux s'applique à un investissement réalisé en direct, le second à un investissement réalisé via une structure de portage. La forme dépend du montage proposé, et non d'une option que l'investisseur choisirait librement.

Combien de temps dure le risque ?

Jusqu'à la fin de la période d'engagement, soit plusieurs années après l'obtention de la réduction. C'est ce décalage qui rend le dispositif atypique : l'avantage est encaissé tôt, mais il reste révocable longtemps.

Sources

Code général des impôts, article 199 undecies B, dont l'alinéa relatif aux taux de rétrocession, et article 200-0 A sur le plafonnement global · impots.gouv.fr, réduction ou déduction au titre des investissements productifs neufs, taux de 38,25 % et 45,30 % · BOFiP, réduction d'impôt au titre des investissements réalisés outre-mer par les personnes physiques · BOFiP, plafonnement des réductions d'impôt outre-mer · impots.gouv.fr, avantages fiscaux liés à une activité dans les DOM, ouverture jusqu'au 31 décembre 2029 · BOFiP, prorogation des dispositifs des articles 199 undecies C, 244 quater X et 244 quater Y

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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