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Rapport d'adéquation : le produire plus vite sans perdre en qualité

Mis à jour le 4 min de lecture Professionnels

Ce que le texte demande

MiFID II impose, lorsqu’un conseil en investissement est fourni à un client non professionnel, de remettre une déclaration précisant le conseil donné et en quoi celui-ci répond aux préférences, aux objectifs et aux autres caractéristiques du client.

Le verbe compte : il s’agit d’expliquer, pas de rappeler. Une déclaration qui récapitule le profil sans articuler la recommandation à ce profil ne remplit pas l’obligation.

Elle doit être fournie sur un support durable, avant que l’opération ne soit réalisée.

La structure qui fonctionne

1. Rappel du profil retenu. Horizon, objectif, capacité à subir des pertes, tolérance au risque, connaissance et expérience, préférences en matière de durabilité, avec la date du recueil.

2. Recommandation. Précise : enveloppe, allocation, montants.

3. Motivation, point par point. C’est le cœur, et c’est la partie que les modèles génériques escamotent. Chaque caractéristique du profil doit trouver sa réponse.

L’horizon déclaré de quinze ans permet d’envisager une part d’unités de compte de 60 %, cohérente avec la capacité de perte déclarée de 20 % du capital investi. La préférence exprimée pour l’exclusion des énergies fossiles conduit à retenir des supports labellisés, dont le référentiel exclut ces activités. La connaissance déclarée des marchés actions, corroborée par la détention antérieure d’un PEA depuis 2014, rend l’instrument approprié.

4. Alternatives écartées et pourquoi. Cette section n’est pas obligatoire en tant que telle, mais elle est celle qui démontre le mieux la qualité du raisonnement.

5. Risques et limites. Risque de perte en capital, hypothèses retenues, absence de garantie.

6. Coûts. Information sur les coûts et frais liés, agrégée et présentée de manière compréhensible.

Les trois défauts les plus fréquents

La déclaration générique. Des paragraphes identiques d’un client à l’autre, avec seulement le nom et les montants qui changent. En contrôle, la comparaison de plusieurs dossiers rend ce défaut immédiatement visible.

La déclaration postérieure à l’opération. Elle doit être fournie avant.

Le silence sur les préférences de durabilité. Depuis leur introduction dans le recueil obligatoire, leur absence de traitement dans la motivation est une non-conformité caractérisée.

Comment gagner du temps sans dégrader

Le temps ne se gagne pas en raccourcissant le raisonnement. Il se gagne en amont.

Structurez le recueil de sorte que chaque information saisie soit réutilisable dans la motivation. Un profil recueilli sous forme de texte libre oblige à tout réécrire ; un profil structuré alimente directement la déclaration.

Constituez une bibliothèque de motivations par situation type, que vous adaptez. La frontière est nette : une bibliothèque de raisonnements que vous individualisez est une bonne pratique ; une bibliothèque de paragraphes que vous collez sans modification ne l’est pas.

Automatisez ce qui est mécanique : rappel du profil, tableau des coûts, mentions de risque. Conservez le travail humain sur la motivation, qui est précisément ce que l’obligation vise.

Un cabinet bien organisé produit une déclaration d’adéquation individualisée en une fraction du temps qu’il y consacrait, sans raccourcir la partie qui compte.

Le conseil non suivi, et le client qui décide autrement

C’est la situation la plus mal traitée dans les dossiers, et elle se présente régulièrement : vous recommandez, le client fait autre chose.

Le client refuse la recommandation et n’agit pas. Rien ne s’impose, mais la trace du conseil donné et du refus a une valeur : elle établit que l’obligation a été remplie. Une note datée au dossier suffit.

Le client demande une opération différente de celle recommandée. La distinction est ici décisive. Si vous fournissez un conseil sur cette nouvelle opération, l’obligation d’adéquation s’applique pleinement et une déclaration doit être établie pour elle. Si le client agit de sa propre initiative, sans conseil de votre part, la situation relève d’un autre régime, et la nature de votre intervention doit être clairement documentée.

Ce qui expose n’est pas le désaccord, c’est l’ambiguïté. Un dossier qui ne permet pas de déterminer si vous avez conseillé ou exécuté est un dossier indéfendable.

Le client insiste pour un produit inadapté. Consignez l’avertissement délivré, en termes concrets plutôt que génériques : quelle caractéristique du profil est en cause, quel risque en découle. Un avertissement écrit et précis est une protection réelle ; une mention passe-partout n’en est pas une.

La recommandation devient inadaptée avec le temps. Un profil change, un marché évolue. Sans mission de suivi, votre obligation porte sur la recommandation à la date où elle a été donnée. Avec une mission de suivi, elle s’étend, et le périmètre exact doit figurer dans l’écrit qui borne la prestation.

Questions fréquentes

La déclaration d'adéquation doit-elle précéder l'opération ?

Oui, elle est remise sur support durable avant que l'opération recommandée ne soit réalisée. Une déclaration établie après coup, même complète, ne remplit pas l'obligation et se repère immédiatement en contrôle par comparaison des dates.

Peut-on utiliser des modèles ?

Pour la structure, le rappel du profil, le tableau des coûts et les mentions de risque, oui, et c'est même recommandé. Pour la motivation, non : c'est précisément ce que l'obligation vise. Une bibliothèque de raisonnements que vous individualisez est une bonne pratique ; des paragraphes collés à l'identique d'un client à l'autre sont une non-conformité visible dès que deux dossiers sont comparés.

Que doit contenir la motivation ?

L'articulation entre chaque caractéristique du profil et la recommandation : horizon, capacité à subir des pertes, tolérance au risque, connaissance et expérience, préférences en matière de durabilité. Chaque élément recueilli doit trouver sa réponse. Les alternatives écartées et les raisons de leur mise à l'écart ne sont pas exigées en tant que telles, mais elles démontrent mieux que tout le reste la qualité du raisonnement.

Les préférences de durabilité sont-elles vraiment contrôlées ?

Elles font partie des informations à recueillir et à prendre en compte dans la recommandation. Les recueillir sans en tenir compte dans la motivation est plus exposant que de ne pas les recueillir du tout, puisque la preuve de l'incohérence figure alors dans votre propre dossier.

Quelle longueur pour une déclaration d'adéquation ?

Il n'existe aucune exigence de volume, et la longueur n'est pas un critère de qualité. Ce qui est attendu, c'est que chaque caractéristique recueillie trouve sa réponse dans la motivation. Une déclaration de deux pages réellement individualisée vaut mieux qu'un document de dix pages dont neuf sont génériques, et elle se défend infiniment mieux en contrôle, où la comparaison de plusieurs dossiers rend le copier-coller immédiatement visible.

Faut-il une déclaration pour chaque opération ?

Dès lors qu'un conseil en investissement est fourni à un client non professionnel, une déclaration d'adéquation est due pour la recommandation concernée, avant l'exécution. Un arbitrage ultérieur recommandé constitue une nouvelle recommandation. En pratique, la question à trancher pour chaque opération est simple : ai-je conseillé, ou le client a-t-il agi de sa propre initiative ? La réponse doit ressortir du dossier sans ambiguïté.

Qui doit signer la déclaration d'adéquation ?

Elle est établie et remise par le cabinet : c'est un document que vous fournissez, non un document que le client approuve. Rien n'interdit toutefois de recueillir un accusé de réception, et c'est une pratique utile, puisqu'elle date la remise et établit qu'elle est intervenue avant l'opération. Conservez cet accusé avec la déclaration elle-même : c'est le couple des deux pièces qui fait la preuve.

Sources

Directive 2014/65/UE, article 25, paragraphe 6 · Règlement délégué (UE) 2017/565, article 54 · Règlement délégué (UE) 2021/1253 · Règlement général de l'AMF, livre III · Orientations de l'ESMA sur certains aspects des exigences d'adéquation de MiFID II.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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