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Transmettre à ses petits-enfants : les trois outils disponibles

Mis à jour le 5 min de lecture Donation et succession

Pourquoi sauter une génération a un sens fiscal

Transmettre à ses enfants, qui transmettront ensuite aux leurs, fait supporter deux fois les droits de succession sur le même capital. Donner directement à la génération suivante n’en fait supporter qu’une fois.

L’argument est d’autant plus fort que les enfants sont eux-mêmes établis et n’ont pas besoin du capital, alors que les petits-enfants entrent dans la vie active, financent des études ou un premier logement.

L’argument inverse existe et doit être dit : donner à un petit-enfant diminue la part de son parent. Quand les enfants ont des situations inégales, l’opération peut créer un déséquilibre durable. Elle se discute en famille, pas seulement avec un fiscaliste.

Outil 1. L’abattement de donation

Chaque grand-parent peut donner 31 865 € à chaque petit-enfant en franchise de droits, renouvelable tous les quinze ans. Il s’applique à toute nature de bien.

Avec quatre grands-parents et trois petits-enfants, le potentiel atteint 382 380 € par cycle de quinze ans.

Outil 2. Le don familial de sommes d’argent

Il s’y ajoute, sous conditions : grand-parent de moins de 80 ans, petit-enfant majeur, et somme d’argent uniquement.

Exemple. Bernard, 74 ans, veut aider son petit-fils de 24 ans à financer son apport immobilier.

  • Abattement de donation : 31 865 €
  • Don familial : 31 865 €
  • Total : 63 730 €, sans aucun droit.

Si sa femme fait de même, le petit-fils reçoit 127 460 €.

Outil 3. L’assurance-vie

Désigner ses petits-enfants comme bénéficiaires d’un contrat alimenté avant 70 ans leur ouvre l’abattement de 152 500 € chacun, indépendamment du lien de parenté et en dehors de la succession.

C’est, de loin, le vecteur le plus puissant pour cette génération. Il présente aussi l’avantage de ne rien retirer du patrimoine du grand-parent de son vivant : le capital reste disponible jusqu’au décès.

Le point de vigilance sur la réserve héréditaire

Les enfants sont héritiers réservataires : la loi leur garantit une fraction minimale du patrimoine, qui dépend de leur nombre. Un grand-parent ne peut pas transmettre l’intégralité de ses biens à ses petits-enfants en déshéritant ses enfants.

La quotité disponible, la part dont on dispose librement, est de la moitié du patrimoine avec un enfant, du tiers avec deux, du quart avec trois ou plus.

Les capitaux d’assurance-vie échappent en principe à cette règle, sauf primes manifestement exagérées.

La donation-partage transgénérationnelle

Il existe un outil moins connu et souvent adapté : la donation-partage transgénérationnelle. Elle permet à un grand-parent de répartir ses biens entre enfants et petits-enfants dans un acte unique, avec l’accord des enfants concernés, qui acceptent que leurs propres enfants reçoivent à leur place.

Elle fige les valeurs, prévient les contestations, et évite une double taxation. Elle suppose un notaire et un accord familial explicite.

La représentation, qui change tout en succession

Le contraste entre donation et succession est brutal pour un petit-enfant, et il tient à un seul mécanisme.

En donation, chaque grand-parent dispose d’un abattement de 31 865 € par petit-enfant, quel que soit le contexte familial.

En succession, un petit-enfant dont le parent est vivant n’est pas héritier : il ne reçoit rien au titre de la loi, et un legs en sa faveur ne bénéficie que de l’abattement par défaut de 1 594 €.

Sauf représentation. Si le parent du petit-enfant est décédé avant le grand-parent, ou s’il a renoncé à la succession, le petit-enfant vient en représentation : il prend la place de son parent, hérite à sa place, et reprend l’abattement de 100 000 € attaché à cette place, partagé le cas échéant avec ses frères et sœurs.

La conséquence est nette : sans représentation, la voie successorale est fermée aux petits-enfants, et la transmission passe nécessairement par la donation ou par l’assurance-vie. C’est précisément ce qui rend ces deux outils si importants pour cette génération.

Une conséquence moins connue mérite d’être signalée : la renonciation d’un enfant à la succession de son parent fait jouer la représentation au profit de ses propres enfants. Un enfant déjà établi, qui n’a pas besoin du capital, peut ainsi laisser passer sa part à ses propres enfants, avec l’abattement correspondant. Cette décision est irrévocable et se prend avec un notaire.

Adapter le véhicule à l’âge du petit-enfant

Le bon outil n’est pas le même selon que le petit-enfant a six ans ou vingt-cinq.

Petit-enfant mineur. L’abattement de donation de 31 865 € s’applique, mais le don familial de l’article 790 G est exclu, faute de donataire majeur. Les biens donnés relèvent de l’administration légale des parents, ce qui peut poser une difficulté si le grand-parent souhaite précisément que le capital échappe à la gestion du parent. Un pacte adjoint à la donation permet alors d’encadrer l’usage des fonds, d’en fixer l’indisponibilité jusqu’à un âge déterminé et de désigner un administrateur.

Petit-enfant majeur et étudiant. Les deux dispositifs se cumulent, soit 63 730 € par grand-parent. Le don familial, en numéraire, convient au financement d’études ou d’un premier logement.

Petit-enfant majeur et installé. L’assurance-vie prend l’avantage : elle n’ampute pas le patrimoine du grand-parent de son vivant, elle transmet 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, et elle se règle rapidement.

Dans les trois cas, le même réflexe s’impose : vérifier l’effet sur l’équilibre entre les branches de la famille. Un petit-enfant favorisé, c’est une part de son parent diminuée.

Questions fréquentes

Un petit-enfant hérite-t-il automatiquement ?

Non, sauf si son parent est décédé avant, auquel cas il vient en représentation et reprend l'abattement de 100 000 €.

Peut-on donner à un petit-enfant mineur ?

Oui pour l'abattement de 31 865 €. Le don familial exige en revanche un donataire majeur.

Faut-il un notaire ?

Non pour un don d'argent déclaré en ligne. Oui pour un bien immobilier ou une donation-partage.

Un grand-parent peut-il payer directement les études de son petit-enfant ?

Oui, et ces versements ne constituent pas toujours une donation. Le financement de frais de scolarité ou d'entretien peut relever de l'obligation alimentaire ou du présent d'usage, à condition de rester proportionné aux facultés de celui qui verse et lié à une circonstance. Dans ce cas, aucun abattement n'est consommé et rien n'est rapportable à la succession. La frontière avec la donation se juge sur le montant et la régularité : des versements importants et répétés sont requalifiables, et il est prudent de les qualifier par écrit dès le départ.

Le petit-enfant doit-il déclarer lui-même le don reçu ?

Oui. La déclaration incombe au bénéficiaire, dans le mois suivant la réception, désormais en ligne. Pour un petit-enfant mineur, la démarche est accomplie par son représentant légal. Sans cette déclaration, le délai de quinze ans ne commence jamais à courir, et le don sera réintégré en totalité lors du règlement de la succession du grand-parent.

Sources

Code général des impôts, articles 790 B et 790 G · Code civil, articles 913 et 1078-4 sur la donation-partage transgénérationnelle · BOFiP, abattements applicables aux donations · Service-public.fr, fiche F14203.

Maxime Bouché

Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.

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Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet

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