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Usufruit et nue-propriété : le démembrement expliqué simplement
Mis à jour le 5 min de lecture Donation et succession
Les deux moitiés d’un droit de propriété
Être propriétaire, c’est réunir trois prérogatives : utiliser le bien, en percevoir les fruits, et en disposer. Le démembrement sépare les deux premières, qui forment l’usufruit, de la troisième, qui constitue la nue-propriété.
Concrètement, un parent qui donne la nue-propriété de son appartement locatif à son enfant continue d’y habiter ou d’en encaisser les loyers. L’enfant est propriétaire, mais ne dispose de rien tant que l’usufruit dure.
Le barème qui fait tout l’intérêt fiscal
L’article 669 du CGI fixe la répartition de valeur entre usufruit et nue-propriété selon l’âge de l’usufruitier :
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété transmise est faiblement valorisée, donc faiblement taxée. C’est encore une fois l’âge qui commande.
L’exemple chiffré
Exemple. Michèle, 63 ans, possède un appartement locatif de 400 000 €. Elle a un fils unique.
Sans démembrement, en donation classique. Base taxable : 400 000 €. Après abattement de 100 000 € : 300 000 €. Droits : 404 + 404 + 573 + (284 068 × 20 %) = 58 195 €.
En donnant la nue-propriété. Michèle a 63 ans, la nue-propriété vaut donc 60 % de 400 000 €, soit 240 000 €. Après abattement de 100 000 € : 140 000 €. Droits : 404 + 404 + 573 + (124 068 × 20 %) = 26 195 €.
L’économie immédiate est de 32 000 €. Et au décès de Michèle, son fils devient plein propriétaire de l’appartement sans aucun droit supplémentaire, quelle que soit la valeur du bien à ce moment-là. Michèle, elle, continue de percevoir les loyers toute sa vie.
Ce que le démembrement coûte vraiment
Trois contreparties, à peser sérieusement.
La perte de liberté. Vendre le bien exige ensuite l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire. Une mésentente familiale bloque l’opération.
La rigidité. La donation est irrévocable. Si Michèle a besoin du capital dix ans plus tard pour financer une maison de retraite, elle ne peut pas vendre seule.
La répartition des charges. L’usufruitier supporte l’entretien courant et la taxe foncière ; le nu-propriétaire, les grosses réparations de l’article 606 du Code civil. En pratique, la frontière fait débat, et une convention écrite évite les litiges.
Où on le rencontre aussi
Le démembrement ne concerne pas que l’immobilier. Il s’applique aux parts de SCPI, aux portefeuilles de titres, et il existe des clauses bénéficiaires démembrées en assurance-vie, traitées dans Clause bénéficiaire : cinq formulations et ce qu’elles produisent.
Il se rencontre également en sens inverse : l’achat en nue-propriété d’un bien immobilier, avec un usufruit temporaire cédé à un bailleur social pendant quinze à vingt ans.
Qui paie quoi pendant le démembrement
C’est la première source de litige entre usufruitier et nu-propriétaire, et elle se prévient par un écrit.
L’usufruitier supporte les charges courantes : entretien, réparations d’entretien, charges de copropriété courantes, taxe foncière, assurance. Il perçoit en contrepartie les revenus du bien et en a l’usage.
Le nu-propriétaire supporte les grosses réparations énumérées à l’article 606 du Code civil : gros murs, voûtes, poutres, couvertures entières, digues, murs de soutènement et de clôture.
La frontière entre entretien et grosses réparations est le terrain de désaccord classique. Une toiture reprise partiellement relève-t-elle de l’entretien ou de la couverture entière ? Une chaudière collective remplacée ? La jurisprudence tranche au cas par cas, ce qui signifie qu’en pratique, chacun peut soutenir une lecture différente pendant des années.
La parade est connue et peu coûteuse : une convention de démembrement rédigée au moment de la donation, qui répartit explicitement les charges, prévoit qui décide des travaux et selon quelles modalités, et organise la prise de décision en cas de vente. Un notaire l’établit en même temps que l’acte.
Le quasi-usufruit, le mécanisme à connaître
Lorsque le démembrement porte sur une somme d’argent ou sur des biens qui se consomment par l’usage, l’usufruit devient un quasi-usufruit.
L’usufruitier peut alors disposer librement des fonds, les dépenser, les réinvestir. En contrepartie, le nu-propriétaire détient une créance de restitution sur la succession de l’usufruitier, égale au montant démembré.
L’intérêt patrimonial est double. L’usufruitier conserve la pleine disposition économique des sommes. Et au décès, la créance de restitution constitue une dette de la succession, déductible de l’actif taxable, ce qui réduit d’autant les droits dus par les héritiers.
Deux précautions conditionnent l’efficacité du mécanisme. La créance doit être constatée par écrit et avoir date certaine, faute de quoi sa déductibilité peut être refusée. Et le dispositif fait l’objet d’un encadrement en matière de dettes consenties entre proches, qui doit être vérifié au cas par cas.
Le quasi-usufruit se rencontre couramment à deux endroits : lorsqu’un conjoint survivant opte pour l’usufruit de la totalité d’une succession comportant des liquidités, et dans les clauses bénéficiaires démembrées d’assurance-vie, où le conjoint reçoit le capital en quasi-usufruit et les enfants la nue-propriété.
Vendre un bien démembré
La vente exige l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire. Trois issues sont alors possibles, et il vaut mieux les avoir prévues avant.
La répartition du prix entre les deux, selon le barème de l’article 669 appliqué à l’âge de l’usufruitier au jour de la vente. Chacun récupère sa quote-part et le démembrement s’éteint.
Le report du démembrement sur un autre bien, appelé remploi : le prix est réinvesti dans un nouvel actif, lui-même démembré dans les mêmes proportions. C’est la solution qui préserve l’économie initiale de l’opération.
Le report sur une somme d’argent, qui fait basculer dans le quasi-usufruit décrit ci-dessus.
Prévoir la clause de remploi dès l’acte de donation évite d’avoir à négocier ce point au moment où l’un des deux veut vendre et l’autre non.
Questions fréquentes
Qui déclare les revenus locatifs ?
L'usufruitier, puisqu'il les perçoit.
Le barème s'applique-t-il aussi aux successions ?
Oui, notamment lorsque le conjoint survivant opte pour l'usufruit de la totalité.
Peut-on démembrer temporairement ?
Oui, un usufruit à durée fixe est valorisé à 23 % par période de dix ans, dans la limite de la valeur de l'usufruit viager.
Le démembrement peut-il être remis en cause par l'administration ?
Le mécanisme est parfaitement légal et expressément prévu par le Code général des impôts : donner la nue-propriété en conservant l'usufruit n'a rien d'un montage. Ce qui est contesté, c'est le démembrement fictif, lorsque le donateur continue en fait de se comporter en plein propriétaire, dispose du bien à sa guise ou récupère la valeur donnée par un autre canal. La donation doit donc être réelle et produire ses effets : le nu-propriétaire est propriétaire, et cela doit se vérifier dans les faits comme dans les actes.
Que devient l'usufruit au décès de l'usufruitier ?
Il s'éteint automatiquement. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans formalité, sans droit de mutation supplémentaire et quelle que soit la valeur du bien à cette date. C'est précisément ce qui fait l'efficacité du dispositif : toute la valorisation intervenue depuis la donation échappe aux droits.
Sources
Code général des impôts, article 669 · Code civil, articles 578 à 624 et article 606 · BOFiP, évaluation de l'usufruit et de la nue-propriété.
Chiffres et textes vérifiés au 14 septembre 2026. Les taux et seuils évoluent : cet article sera daté à nouveau s'il est mis à jour.
Maxime Bouché
Conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26008152, membre de la CNCGP. Fondateur de SAFIA.
Découvrir son parcoursCet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier, ni une incitation à souscrire un produit. Les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Avertissement complet
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